vendredi 6 avril 2018

Femme, métamorphoses et lecture à voix haute à l'Ogresse

Chères lectrices, passionnés internautes,
http://nsm09.casimages.com/img/2018/04/06//18040605084714387615652737.jpg

Voici à nouveau quelques nouvelles de mon projet en "work in progress" associant textes et images et développé depuis mars 2016 sur Tumblr : Le horlart à 1,99. Le projet qui consiste en une publication - journalière autant que possible - se porte bien, continuant sur sa lancée tranquille (merci de vous en inquiéter.) Lancée si paisible et toujours inspirée au point que j'ai eu envie - que j'ai envie - de  vous en livrer les images et les mots les plus récents.

Introduisons tout d'abord le sujet du mois de mars dernier : 

"Il était une fois vivant au sommet d'un mont dont on a oublié le nom et si élevé qu'on ne sait plus à quoi ses pics ressemblent, elle ; il était une fois la femme de tous les temps.
Être éminemment changeant, versatile, polyèdre à identités multiples. Être métamorphique, variable comme le temps, indécis, mutable.
Un jour, elle descendit de sa montagne pour réécrire sa légende auprès des Hommes ; il était une fois la femme polymorphique."

Séductrice, énigmatique, populaire, longtemps remisée au fond de la cour, pourtant si souvent nommée, dessinée, sculptée, louée ... c'est une femme qu'on ne cesse de chercher à définir. Tour à tour femme surprise, femme à barbe, femme confite, femme savante... et tant d'autres elles en elle. Je n'ai pu m'empêcher de tenter, à mon tour, de dessiner-écrire le portrait imaginaire de ce personnage fascinant, qui m'accompagne depuis bien longtemps.





Cette suite de visages dessinés au feutre est inspirée d'un texte - chant, baptisé simplement La femme polymorphique, une création poétique personnelle que j'aurai le plaisir de lire à voix haute pour la première fois le dimanche 8 avril au Cabaret littéraire organisé par Margot Ferrera et Héloïse Brézillon à l'Ogresse, théâtre associatif :

https://www.facebook.com/events/362595327550535/
© margot ferrera

Mange tes mots ! #2 / Cabaret littéraire
de 18h à 23h30
l'Ogresse, 4 rue des Prairies, Paris 20ème
Pour  en savoir plus et davantage encore, cliquez sur l'image ci-dessus.

Au plaisir de vous y croiser  !
 
© ema dée

dimanche 4 mars 2018

Betty Boob ou Le corps de la femme sublimé

Pour ce mois de mars qui grelotte encore de froid et s'enrhume un peu, s'impatientant derrière sa fenêtre baignée d'eau de pluie, l'esprit et l'humeur mornes, un clin d'œil à une oeuvre livresque qui chante la femme à sa manière... et ça réchauffe un peu :


Dessin Julie Rocheleau - Scénario Véro Cazot
éd. Casterman, 2017 

Il était une fois une découverte qui m'a fait l'effet d'une claque en plein visage.  Il était une fois un portrait de femme d'exception. Déjà un classique, de mon point de vue.

Betty Boob, c'est d'abord l'histoire d'une femme "mutilée" par la vie : elle a perdu aux yeux de son amant et à ses propres yeux, l'essentiel. Cet essentiel chanté ou condamné - paradoxalement - pour sa "dangerosité" ou sa volupté délicieuse à travers les Arts et objet de controverses (cf. par exemple, le groupe Femen). La compensation de ce manque se fera d'une manière créative, inattendue, explosive... !

Mais Betty Boob, c'est surtout le dynamisme d'un traitement graphique ; la justesse d'un personnage féminin tout en nuances - tour à tour fragile, drôle, inquiet, lumineux, attachant - le trait assuré et vif dans des compostions ptiques ou audacieuses et des portraits expressifs ; la douceur et la drôlerie du ton dans la gravité du sujet ; le plaidoyer - dépouillé de toute démagogie - pour la différence, l'indépendance d'esprit et la beauté singulière.

Lire Betty boob, c'est poser un regard chargé d'empathie sur le corps des femmes, entendre-voir-réaliser les stéréotypes majeures qui le définissent, l'emprisonnent, et assister en spectatrice-teur active-f à leur jolie transgression.  

© ema dée

samedi 3 mars 2018

C'est la fin de l'amour ?...


- Attente amoureuse -
" L'amour sait reconnaître le bon moment quand il arrive."
   
C'est sur cette note enveloppée d'un mystère suspendu que je conclus cette série consacrée aux portraits d'amoureux : chant de célébration des histoires de cœurs, réplique aux bons mots et recherche par le trait d'une union entre l'imaginaire et le réel au quotidien. 

L'amour n'a pas de fin, il se métamorphose pour perdurer.

Un projet texte-image humoristique et poétique en résonance avec l'ambition poursuivie sur Le Horlart à 1, 99/ Tumblr : un mois, un thème, une technique, avec ou un titre et/ ou un texte. Chaque jour de février a révélé une amoureuse ou un amoureux.

1 +1 = 28 dessins au feutre sur papier tout blanc et tout carré.

http://www.kizoa.fr/Montage-Video/d176032792k4251174o1l1/histoires-de-coeurs

Cliquez sur l'image ci-dessus pour en découvrir une sélection. Et pour les plus curieux-ses,  toutes les images de ce projet-ci sont .

© ema dée

vendredi 2 mars 2018

Histoire, femmes, inspiration et révolution : avis de publication !

Chères lectrices, passionnés lecteurs,

Entre hier et aujourd'hui, la publication de deux récits brefs. Au féminin. Deux histoires en prise avec l'Histoire.

AUJOURD'HUI ! : Liquidation totale ! Éd. Les Cahiers de l'Asphalte, mars 2018

Tout a commencé par cet appel à contributions du Master Édition Paris IV - La sorbonne, publié en octobre 2017 sur le site de la maison d'édition :   

"Mai 2018. 50 ans après les évènements de Mai 68, la France est de nouveau dans la rue. Que vous soyez pour ou contre cette révolte, que vous y participiez activement ou l’observiez de loin, laissez libre cours à votre imagination et rendez-nous compte de la façon dont se déroulent les évènements, expliquez ce qui a provoqué cette situation ou décrivez-nous votre réaction."

Pourquoi pas ?... Mais c'est quoi Mai 68, au fait ? Une étincelle, un galop d'essai, un coup de pied rageur dans la fourmilière, un état nécessaire de l'Être ? Où en est-on de la révolution 50 ans après ?  Et comment aborder le sujet de façon personnelle ?... Je troque ma casquette de blogueuse contre le bonnet  à pompons de l'enquêtrice - documentaliste de terrain et je pars sur les traces de la révolte étudiante qui aura marqué les esprits, secoué un régime politique et tenté de définir un nouvel ordre social et culturel. 

De mes cogitations influencées par ma lecture des faits, naîtront un personnage charismatique, Mai Soissantuite, et une histoire intitulée Liquidation totale ! Au-delà de mon goût immodéré pour l'étude des caractères féminins, il a été question pour moi, à travers ce texte, de donner corps à une réflexion intime : comment les idées et les idéaux font-ils face au réel ?

http://nsm09.casimages.com/img/2018/03/17//18031712371814387615617304.jpg
Les cahiers de l'Asphalte/  
Mai 2018, dernier inventaire avant révolution - Liquidation totale !
(Cliquez sur le titre pour écouter un extrait du texte.)

Pour soutenir ce beau projet - édité par Les Cahiers de l'Asphalte, c'est sur Ulule.com

Pour se procurer cette publication anniversaire, fruit d'un travail collectif (auteurs-es et illustrateurs-trices*, éditeurs-trices, le Service juridique, le Pôle Marketing...) - 50 textes, plein d'illustrations en couleurs -  et soutenu notamment par a'sfored, CFA Édition a'sfored et école de Condé, deux solutions :
- en vente  sur le site de la maison d'édition ;
- sur place : rendez-vous sur le stand S52, au Salon Livre Paris, du 16 au 19 mars 2018 prochains.

* Ont participé à l'image ou au texte : Julie-Élisabeth Albesa, APO, Arjou, Juliette Beau, Romain Bouchet, Marius Buet, Guillaume Cayet, Sandrine Clarac, Classe de 6ème, Valérie Cluzel, Françoise Cordier, Remi Delissen, Mirelle Delmas-Marty, Dugudus, Joseph Fabro, Marianne Ferrand, Tristan Fillaire, Gary Gabriel, Cindy Gonnin, Amélie Gyger, Serge Hambourg, John, Suzanne Labourie, Jean-Marie Laclavetine, Julien Langlais, Maélis L.B. , Bastien Lebis, Tom Lévêque, Ninon Leyshon, Malo, Lilou Marbais, Paul Marther, Fiona Maury, Alena Meas, Paul-Charles-Henri Meyrand, Célina Milloux, Mi-Ten, Florian Moreau, Philippe Moreau-Detarges, Sabine Péglion, Carole Pelé, Claire Premet, Sully Quinten, Pierre Renier, Julien Raynaud, Tom Roy, Victor Vaissade et moi-même, Ema Dée.

HIER : La mécanique de la grâce - Revue Espace(s), octobre 2017 

Je réponds pour la seconde fois à l'appel à contributions lancé par la revue Espace(s). Pour son numéro 15, chacun-e a été invité-e à réfléchir, se laisser inspirer, composer sur la légèreté. 

Avec mon texte, La mécanique de la grâce, j'expérimente le portrait littéraire et mets en scène un personnage inspiré d'une femme qui a fait et fait partie encore de l'Histoire de l'exploration spatiale : artiste aquarelliste et architecte, Galina Balachova se voit, un jour, confier la réalisation du design des intérieurs des capsules spatiales soviétiques Soyouz. Qui se rappelle de ce nom et de ce destin ? Qui sait ce qui ce cache derrière, aujourd'hui ?  

Ses dessins - il en reste peu malheureusement - que je découvre par hasard, un jour, m'évoque une grâce qui me semble, soudain, venir se heurter à l'image froide, géométrique, fonctionnelle des vaisseaux lancés dans l'Espace. Serait-ce cela la légèreté : une alternative à la pesanteur des choses ? Mon texte se construit aussi autour d'une interrogation personnelle : d'où vient l'inspiration, le trait de génie, l'intuition visionnaire qui fait naître une belle idée... l'Idée ?

Revue Espace(s) n°15/ La légèreté - La mécanique de la grâce
(Cliquez sur le titre pour écouter un extrait du texte.)

Un numéro auquel ont participé ou contribué : 
Pacôme Thiellement, Pierre Alferi, Jeanne Morel & Paul Marlier, Romaric Tisserand, Jérôme lamy, Antoine Belot, Johan Decaix, Sylvie Bonnot, Sabine Revillet, Marc Perrin, Emmelene Landon, Liliane Giraudon, Frank Smith, Jacques Paveur, David Christoffel, Chloé Silbano, Raphaël Gouisset, Gillian Ferreira, Laurence Vielle, Alexandre Contesse, Fabien Clouette & Quentin Leclerc, Steven Le Priol, Erik Wahl, Emma Bourgin, Christophe Gilbert et moi-même, donc.

Pour découvrir les activités de l'Observatoire de l'Espace et suivre son actualité, c'est ici : http://www.cnes-observatoire.net/

Pour découvrir les numéros de la revue Espace(s) déjà publiés, c'est là :
http://cnesobservatoire-leseditions.fr/Collections/1

Et pour lire mon mot sur une première contribution sur le thème "Traces et résidus", c'est par là.

© ema dée

vendredi 23 février 2018

Quand Véronique Ovaldé l'auteure rencontre Véronique Dorey l'illustratrice...

... Naissent de bien jolis projets. 

http://nsm09.casimages.com/img/2018/02/23//18022306342914387615575936.gif  http://nsm09.casimages.com/img/2018/02/23//18022306342914387615575937.jpg

En mots, en images. Motivés par le désir et le goût pour le travail de l'autre et avec l'autre. 

Le mot juste de Véronique Ovaldé a rencontré deux fois les images surannées de Véronique Dorey. Mais, il y avait eu, avant cela, le face-à-face de l'auteure avec les œuvres de l'illustratrice : une révélation, la plongée dans un univers fascinant, dessiné au crayon, tout en nuances de gris posées méticuleusement. Il y  avait eu, avant cela, l'écriture d'un texte court et solitaire. Il y  avait eu, avant cela encore, un travail de coloriste - reconnu - cachant pourtant, une montagne de dessins étonnants, révélés au public récemment.

Véronique Ovaldé, née en 1972,  imagine des histoires depuis son enfance. Son premier roman pour adultes, Le sommeil des poissons, paraît aux éditions du Seuil en 2000 ; elle en a fait publier une dizaine depuis. Si chaque roman a son identité propre, l'écrivaine y développe souvent, dans des lieux toujours très présents, des histoires de femmes, parcourues par des thèmes qui lui sont chers, en particulier, la nécessaire émancipation de ses personnages féminins de tous les types de carcans possibles (la société, la famille, le couple, par exemple) avec tous les moyens disponibles et à inventer. Véronique Dorey, née en 1963, plus connue sous le pseudonyme de Ruby, officie dans le monde de la bande dessinée comme coloriste pour Nicolas de Crécy, Franck Margerin, Mezzo et Pinus... Ses dessins et peintures mettant en scène de petites bouts de femmes au physique de poupée, dans un monde décalé et truffé de références, son style graphique et son humour grinçant, reçoivent un excellent accueil depuis 2005, année où elle est exposée pour la première fois à la Galerie Arts factory.

© Véronique Dorey, Quatre cœurs imparfaits

Alors peut-être que le souci du détail, l'inventivité pour les lieux à la fois imaginaires et tellement réels, la peinture originale des personnages,  cette marque de fabrique qui se constate à la lecture des romans de V. Ovaldé devait se mêler d'une manière ou d'une autre, au trait précis, délicat et ciselé, aux ambiances savoureusement rétro et dessinant les contours de vies particulières de V. Dorey. 

Une collaboration. Traits d'esprit pour traits graphiques. Le souci de dépeindre des existences de filles et de jeunes filles en point de réunion. Des visées artistiques en miroirs réfléchissant et grossissant : la brièveté et la rythmique de l'écriture servant d'appui au déploiement de l'imagination et des obsessions thématiques du dessin.

En 2015 est publiée la nouvelle illustrée Quatre cœurs imparfaits suivie par La science des cauchemars en 2016, toutes deux soutenues par l'enthousiasme de la maison d'édition Thierry Magnier. Ce sont deux petits objets précieux à lire - deux histoires brèves accompagnées d'images - réservés aux adultes. Exclusivement. Comme un cadeau, façonné sur mesure pour les yeux des grands-es lecteurs-trices. Une invitation : si, si, bien sûr, vous avez le droit de regarder les images avant de lire le texte, de sauter des pages ou de revenir en arrière, de vous extasier, aussi !

Quatre cœurs imparfaits raconte le destin de cinq femmes d'une même famille. Elles ont toutes une trajectoire de vie un peu tragique - comme si le sort les avait marquées - sauf une, la plus jeune, à qui il sera donné, au fil du récit - et par le récit -  la possibilité de choisir une voie de sortie et de re/secours.
Dans La science des cauchemars, une adolescente de 17 ans, un peu désœuvrée mais indépendante, accepte un emploi bien singulier : écouter les cauchemars de M. Roberto Apolinario qu'elle va chercher à guérir.

Le dessin usant de perspectives accentuées, de violents raccourcis, de focalisations et de compositions surréalistes déploie ce que le texte aborde à mots "comptés". Mais, au détour d'une phrase, dans ce texte resserré, surgit une fantaisie lexicale qui produit un effet d'incongruité : images et textes composent un ensemble baroque.

© Véronique Dorey, La science des cauchemars

Dans ces deux récits, le couple Dorey-Ovaldé dessine, pour nos yeux enchantés, le portrait de deux "héroïnes", animées d'une pulsion de vie et dotées d'une volonté forte, d'imagination et de courage. Ce qui leur permet de quitter/ fuir des situations qui les dépassent - qu'elles désapprouvent ou qui ne leur conviennent pas - parce qu'elles les jugent mortifères ou absurdes.

Ils s'articulent autour de l'évolution de ces deux principales protagonistes. La première histoire peut faire penser à un conte dans lequel chaque étape-épreuve serait représentée par une des sœurs, symbolisant elles-mêmes des états de l'être (féminin ?) : Maria Cristina (la Mort), Pepina (la Folie), Rosa Luisa (la Virginité et l'Amour vain) et Mercedes (La Sensualité). Dans le second, une ambiance étrange est  mise en place grâce à un rythme narratif par paliers successifs. Il évolue ainsi savamment jusqu'à atteindre un point culminant, un moment de bascule - d'une dimension horrifique et fantastique -  avant de retrouver son calme. Comme dans un film

Les lieux,  Camerone et Santa Colonna, ne sont pas anodins. S'ils sont un moyen pour l'auteure de (se) ménager une distance suffisante entre ses personnages et elle, ils sont aussi le support de création d'un espace clos, à la manière d'une petite scène de théâtre ouvrant sur un certain réel, curieusement familier et intimiste. L'illustratrice rend bien compte de ces espaces en "donnant images" de leur dimension salvatrice (voyage) ou de piège (prison de la folie, prison du corps, prison de l'amour) grâce à des jeux de cadrages "photographiques". Son souci du détail dans les motifs décoratifs ou les lettrages renforce bien la caractérisation de ces lieux.

Véronique Dorey et Véronique Ovaldé se retrouvent donc, ici, pour partager deux petits récits de vie, fabriqués dans l'entre-deux et proposant, notamment, un certain regard sur l'Enfance. Il y a dans le fruit de leur association artistique quelque chose de dépaysant, de singulier, qui me rappelle un peu certaines réalisations sophistiquées d'un Benjamin Lacombe, les récits brefs d'une étrangeté parfois effrayante d'un Thomas Ott, ou les compositions doucereuses et bizarres d'un Ludovic Debeurme.  

© Véronique Dorey, Quatre cœurs imparfaits

Mais au-delà des comparaisons (qui pourraient être réductrices), je veux garder à l'esprit - dans les yeux, dans le cœur ! - l'impression d'avoir affaire à un monde composé, un ouvrage précieux de fils tissés entre le réel fictionnel et le rêve, la matière du langage et la magie des images (innocentes ?)

© ema dée