jeudi 15 septembre 2016

Un été en fleurs naïves avec Camille Bombois

 

C'est l'été,
chaud, clair,
bleu sans nuage, jaune éclatant.

Sur la plage blanche et dorée,
dans la montagne pourpre et verte,
près d'un étang clapotant,
sur un bord de route qui tremble,
dans un fauteuil urbain à grands accoudoirs
populaires,
la morne nonchalance des vacances au Pastis.

C'est l'été,
dénué de vent et
retenant ses gouttes fraîches jusqu'à l'aurore.

Les jupes fleuries légères vélocipèdes,
les chemises bigarrées attablées,
les shorts vagabonds, les robes très lectrices
les sandales délassées déjeunant au parc,
les toits ouvrants, les fenêtres à persiennes,
fêtent la douceur sereine du repos.

C'est l'été,
suant sous son chapeau de paille,
moite des paumes et des dessous de bras
chauves,
les cils perlant.


Sous les érables aux feuilles parfois palpitantes,
sur les bancs trois places en face à face,
sur les chaises en fer chaud bosselé,
sur les pelouses tachées de pétales,
les volatiles sautillant,
les abeilles en sarabande,
la libellule noire et vert émeraude,
célèbrent la suspension du temps moderne, laborieux
et répétitif.

C'est l'été,
vidée, allégée, entre parenthèses,
en retard ou absente, la vie ici-bas.

Bientôt le réveil de la cité commune.

Les bras tendus de listes prescriptives,
les jambes en rayons compressés pressés dépassés,
la nuque et le dos très imposables
se préoccupent des lendemains politico-économiques.

L'été s'achève.

Heureusement,
des grains de sable blond dans les plis du sac,
une fleur séchée entre les pages à gros caractères
d'un roman moyen,
un brin d'herbe coincé entre les spirales
d'un carnet de dessin,
les couleurs aqueuses de vues naïves sur le motif,
les compiles musicales de la Fête nationale
chez les pompiers,
les spectacles forains,
les biscuits secs au goûter pris à minuit,
les promenades des âmes siamoises dans les jardins
publics envahis
et mes courbes pudiques sur ton iris transparent.

*

Cette composition s'inspire des œuvres 
Les beaux contes bleus (1925) et Les bas noirs avec journal (1930).

Chaque saison est l'occasion pour moi, dans une composition à la manière de, de célébrer à la fois le temps qui passe sans jamais être le même et le travail d'un artiste. 
Il s'agit aujourd'hui du peintre naïf français Camille Bombois (1883-1970) dont je découvre les œuvres colorées, généreuses et empreintes d'une drôlerie simple, en visitant les collections permanentes de la fondation Dina Vierny-Musée Maillol, il y a quelques années. Puis, alors que je visite le LaM en avril dernier, je me retrouve à nouveau face à ces portraits  de dames joufflues aux formes rondes, cette sensualité de la chair dans des mises en perspective un peu fausses et ces scènes banales et nostalgiques...
Pour découvrir ou redécouvrir l'art de Camille Bombois, c'est par exemple ici. Prenez un siège, la vidéo dure 6 min 46.

Bonne projection et belle rentrée à tous !

p.s. : profitez-en aussi pour voir tous mes tableaux saisonniers et portraits hommages.

© ema dée

vendredi 9 septembre 2016

Dans le pull noir de Sonia Rykiel

La créatrice de mode, couturière et designer française Sonia Rykiel s'est éteinte le 25 août 2016. J'ai eu envie de rendre un hommage particulier à cette grande dame à la chevelure feu et toute de noir vêtue.  En cherchant quel dessin produire, je me suis souvenue de la première fois où je l'ai rencontrée.

Ce que je vis d'abord d'elle, ce fut son nom. (Mais c'était bien avant de savoir ce qui se cachait derrière et ce qu'il signifiait.) Il était écrit en grosses lettres, d'un noir lisse et satiné, sur un pull tout simple, en laine à petites mailles, et noir aussi.  Une femme courte et rondelette portait ce pull - enseigne, en permanence comme un fétiche ou un haut pyjama, au-dessus d'un pantalon en cuir vert olive. Elle enseignait l'Histoire-Géo dans ma classe de 3ème B.


Je la trouvais insolite, cette enseignante.

Sa chevelure brune, coiffée en une très longue natte qui lui arrivait jusque sur les fesses, fouettait l'air quand elle se retournait pour nous regarder prendre des notes sous sa dictée. Comme une figurante de dessin animé pour enfants, elle avait un corps expressif, en forme de bouteille d'Orangina : une petite tête, des épaules étroites et tombantes, une poitrine abondante, une taille large, avec des cuisses généreuses, des mains aux doigts effilés et aux ongles vernis et des pieds minuscules, serrés dans des bottines en cuir noir à bouts pointus. "Elle devait chausser du 36 !" je me disais.


Je me rappelle de son visage étroit ; sa peau avait, en toute saison, le teint hâlé comme une tourte. Son nez fin et pointu, légèrement busqué, était chaussé de lunettes aux montures épaisses en plastique noir signé d'un "SR" doré. Une frange coupée net lui cachait les sourcils et lui caressait presque les paupières. Cette frange trop présente semblait la gêner ; se la coupait-elle elle-même ?

Je pensais qu'elle devait être un peu paresseuse pour s'habiller tout le temps de la même façon, boulotte et singulière dans son pull noir Sonia Rykiel, son pantalon en cuir vert et ses bottes de sorcière maraboutée.  J'imaginais sottement une garde-robe modeste et réduite à l'essentiel, trois ou quatre pulls noirs, deux, peut-être trois pantalons verts, et une seule paire de chaussures. Pour toute sa vie de professeur. Je me posais souvent cette question quand je la voyais entrer dans notre salle de cours dans son ensemble pull noir tagué + pantalon vert : "Est-ce qu'un professeur peut être un fan ?


J'ai découvert le travail de Sonia Rykiel quand j'étais en dernière année de lycée. Puis, j'ai suivi de loin ses créations.

C'est en faisant l'esquisse au crayon de ma composition que le souvenir de ma petite enseignante de collège rondelette est revenu. Je me suis alors installée dans cette image douce et drôle. Je retrouvai ainsi la période où j'illustrais mes devoirs de petits croquis dans la marge, où je rêvais devant la diffusion télévisée des défilés de mode, de devenir un jour styliste pour messieurs, de faire le portrait des grandes dames du cinéma et d'écrire les aventures inédites du Club des 8. Cette période où penchée au-dessus de mon cahier, la main tachée d'encre de stylo à bille et suspendue dans l'attente de la prise de notes à venir, j'entendais Mme Sylva commencer invariablement son cours en disant d'une voix ferme et distincte : "Vous notez point, à la ligne, vous notez !"


Peut-être qu'au cours de l'année, Mme Sylva a porté une chemise jaune, un pantalon rouge ou des bottes de sept lieues, mais curieusement, je ne m'en souviens pas. Je me rappelle juste de ce pull en lainage noir avec dessus, ces grosses lettres en tissu satiné et lisse et de ces lunettes signées SR. En doré.

Voici donc mes salutations personnelles - sincères bien que tardives - à la reine du tricot qui a beaucoup fait pour le monde de la Mode et les femmes, et en particulier pour celles aux proportions généreuses. La boucle est bouclée!

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© ema dée

samedi 3 septembre 2016

Une partie de chasse d'été d'Improzine

Je rejoins la belle équipe des explorateurs du 9ème Art d'Improzine le temps d'un petit mois. Impossible de résister à l'appel de Sylvester Tom : attraper tous les Pokemoche - cousins méconnus des Pokemon - qui se sont joyeusement répandus dans la nature. Notre terrain de chasse ? Partout. Car, les Pokemoche sont joueurs, curieux, ripailleurs, audacieux ! et ils n'ont aucune limite.

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La belle équipe mise en scène par Sylvester Tom

Pour les besoins de ma partie de chasse, j'ai revêtu mon habit de Ripley Ema. Voici mes prises :


L'audacieux Pokézilla, le débonnaire PokéForestier, le machiavélique Poképingueping et le timide Pokétruke ne m'ont pas résisté.  Le dernier Pokémoche, l'horripilant Pokémihan, m'aura donné du fil à retordre ! :

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Pour voir et revoir sans fin les charmantes et étonnantes créatures capturées par la fine équipe, c'est ici.

C'était Ripley Ema pour l'équipe Improzine

mercredi 31 août 2016

Des vacances à l'encre sur Tumblr

Pas de répit pour les feutres au mois d'août ! 

Le projet éphémère Le Horlart à 1,99 - une image et un texte publiés quotidiennement - se poursuit malgré la sueur qui fait briller le front et les tempes, les gouttes qui perlent sur le nez et coulent le long du dos, la moiteur des aisselles et entre les orteils. 

Bref, il fait très chaud... et alors ?

Ce mois-ci, avec du noir, du doré, du rouge, de l'ocre, du vert et du bleu, j'ai dessiné et donné vie à toute une galerie de personnages illustrant mes humeurs et mes pensées changeantes, sur des petites feuilles blanches, carrées et de format 9 cm x 9 cm...


31 images de poche se sont ainsi formées en réponse à cette double contrainte "couleur et format".

Délicat et difficile exercice créatif car rien ne peut être jeté, ni écarté ; aucun dessin n'est refait, aucune autocensure n'est - de fait - permise afin de laisser à chacun et chacune le loisir et la possibilité d'apprécier une ou plusieurs images que j'aurais pu garder pour une autre occasion ou préférer ne pas montrer du tout...


Pour découvrir image par image, cette série tout en couleurs et les précédentes ainsi que les textes courts qui les accompagnent ou qu'elles illustrent jour après jour, c'est ici.

Pour voir l'ensemble des dessins sans les textes, ce sera plutôt là. (Un petit temps de patience est requis, le chargement des images est parfois un peu long.) 

Et pour les curieuses et les curieux, les passionnées et les passionnés, les flegmatiques et les flegmatiques, qui se demandent "et donc, alors, et puis, et ensuite, bon ?! ", une fenêtre sur une nouvelle idée de livre qui mûrit tranquillement sur sa branche :


© ema dée

mercredi 3 août 2016

Nouvelle anatomie d'une oeuvre personnelle : Ma freaks à moi

Passionnées internautes et charmants blogueurs,

Di badi-badi-dam-dadou...

Il est temps pour moi de lever le pied et de prendre quelques jours de repos, m'aérer l'esprit, faire des rencontres, expérimenter de nouvelles choses... bref, profiter un peu des vacances. Avant de mettre Le Horlart sur pause jusqu'en septembre au moins, et de suspendre - un chouïa - ma créativité galopante, j'aimerais proposer quelques visuels d'un petit projet de dessin tout récent qui m'a bien amusé.

Il y a quelques semaines, je décide de participer à un appel à contribution (dessin, illustration ou texte). Plus par goût du jeu que par le désir farouche d'être retenue (même si l'idée m'a effleurée, je l'avoue, ça fait toujours plaisir de faire partie des sélectionnées.) Ce que je veux dire, c'est que créer une œuvre pour un cadre inédit offre de nouvelles possibilités. Oui, car c'est, selon moi, l'occasion de mettre son style, ses obsessions, sa démarche à l'épreuve. Le sujet : Freaks pulsion lancé par la maison Les Éditions Terriennes dans la perspective de la publication du n° 4 de son graphzine. Avec une contrainte, l'obligation de mettre en couleur son(ses) oeuvre(s) en suivant une palette prédéfinie.

J'oriente mes recherches sur les thèmes de la gourmandise et du corps. Je trouve sur Internet la photo d'une jolie femme brune et plantureuse qui m'inspire et que tout de suite, j'ai envie d'interpréter...

Il serait archi-faux de dire que je me suis précipitée quand j'ai reçu l'info via Facebook. Et ce,  pour deux raisons : d'abord, la couleur et moi, c'est une histoire compliquée, alors imaginez utiliser les couleurs de quelqu'un d'autre ! Ensuite, le sujet : dessiner des freaks, pas de problème, aucun de mes personnages n'est vraiment normal, j'aime le biscornu, l'originalité, l'excessif et le mal fichu. Par contre, "Freaks pulsion" ça me parle déjà un peu moins. Mais je me lance quand même dans l'aventure.

Je réalise cette première esquisse au pinceau et l'encre de Chine sur du papier calque. Le dessin à l'encre de Chine est pour moi préparatoire : il libère mon trait et m'installe dans ma pratique. Je m'amuse à déguiser le personnage sans me censurer...

En ce moment, j'ai plutôt tendance à dessiner des portraits en buste, assis, des compositions de personnages imaginaires illustrant mon actualité, à me lancer dans des appropriations personnelles d’œuvres connues, ou bien à travailler sur mon projet sur les arbres. Donc, la direction à prendre pour ce projet-ci a pris un petit moment à venir. Une "déviance" qui m'intrigue tout particulièrement : la compulsion d'achat.

Prenant une certaine distance avec l'esquisse à l'encre - ce qui arrive souvent quand je passe du pinceau au crayon à papier - le sujet se précise peu à peu. Les crayonnés sont souvent très sympa grâce au mouvement et à la matière laissés à la surface du papier (ou repentir)...

Chasser le naturel, il revient au galop : mon quotidien reprend le dessus sur la contrainte du sujet. J'aime les soldes. Il m'est arrivé d'acheter un vêtement juste parce qu'il était soldé ou parce que la voisine avait posé ses mains dessus. La pulsion est toute trouvée, non ? Et puis, même si ce n'est pas vraiment une pulsion, ça me va. J'ajoute quelques obsessions : une touche de disproportion dans la physionomie du personnage avec la chevelure façon Priscilla folle du désert et des bras de déménageuse, des dents pleines de personnalité, un regard charmeur, des sourcils de clown et bien sûr, les incontournables micro-ballerines, reines de l'été.

L'encrage est une étape difficile et délicate. Il faut respecter le trait griffonné sans y penser vraiment ; il faut le clarifier sans lui ôter sa sensualité. D'un autre côté, cette étape permet de préciser ou de rajouter des petits détails : ici, les motifs et le maquillage, par exemple.

Il n'y plus qu'à ajouter les couleurs. C'est dur... très dur ; le dessin me plaît comme il est. Ajouter plus me semble soudain artificiel, mais c'est le jeu. Pourtant, j'ai encré le personnage de manière à ce qu'il reste de la place pour une mise en couleur, même sobre. Mais quelles couleurs ajouter ? En général, mes colorisations procèdent d'une pulsion c'est-à-dire d'une envie brutale d'une lumière spécifique autour de laquelle tout va s'organiser, prendre sa cohérence et trouver son équilibre... Et, j'ai tout à coup envie de guimauve et d'un bonbon à la violette... L'infographie me soutient dans mes tâtonnements et mes essais.  J'opte finalement pour les contrastes colorés, toujours efficaces.


Et voilà le résultat.  Bon, il n'a pas été retenu, mais quel défi ! Je pourrai vous expliquer à présent, pourquoi la chevelure pistache, les cinq piercings, les cœurs sur la robe, le regard en biais, les fleurs, ou encore les doigts boudinés dans la bouche... mais en avez-vous vraiment besoin ?

Belles vacances à toutes et à tous !
 
Pour retrouver mes humeurs du moment, je suis tout le reste de l'été sur le projet de dessin quotidien tout carré et dit "à l'arrache" le Horlart à 1,99  et de temps temps sur Improzine.

© ema dée

samedi 30 juillet 2016

Corolles estivales, ma sélection culturelle semestrielle

Chères internautes et chers blogueurs,

Voici, une sélection de découvertes et de redécouvertes culturelles (festivals, films, rétrospective, publication, formations...) que j'ai faites depuis le début de l'année 2016. Au moment où je publie cet article, certains événements sont terminés,  mais heureusement rien ne se perd, tout se retrouve : il existe les catalogues d'expositions, les sites références, des archives numériques... D'autres sont en cours, et d'autres encore sont prévus pour l'automne :

A pour l'artiste français Albert Marquet (1875-1947) : une rétrospective de son Œuvre peint et dessiné au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris


Après le hall d'entrée tapissé de quelques nus aux cadrages insolites et sa suite qui présente un inventaire de petites gens noir d'encre, enfin la visite commence : c'est une enfilade de salles peuplées de paysages tranquilles, presque répétitifs, mornes et silencieux ; pourtant, des taches fébriles agitent parfois la surface picturale, des promeneurs. Les vues, ici, se composent depuis le balcon ou depuis la plage, sur le quai d'un port, sur les bords d'un lac ou sur les rives d'un fleuve connu. Il s'agit, par exemple, de montrer Paris dans la brume blanchâtre de l'hiver ou de percer à la lumière jaune d'un lampadaire, ses mystères bleu nuit. Loin d'un quotidien naturaliste fin de siècle, loin des distractions fauves, loin de l'expressionnisme de la guerre ou de l'agitation urbaine futuriste, la ville d'Albert Marquet se pare, avec sobriété et organisation, de rose, de vert céladon, de bleu pâle... Du 25 mars au 21 août 2016.

B pour la série télévisée britannique Black Books (2000-2004) : c'est l'histoire de trois olibrius coincés dans une librairie un peu cheap.


Dans une librairie très souvent mal rangée, sale et sombre où se développe à qui mieux mieux, tout un écosystème bizarre (cafard, blaireau, escargot, mousse, champignon...), Bernard Black (Dylan Moran), un libraire irlandais, soupe au lait, brouillon et mal embouché, s'énerve, bat, exploite, et humilie son unique, dévoué et immensément patient assistant, Manny Bianco (Bill Bailey), un personnage original, un peu hippie et doué en tout, ou presque. Pour faire le lien entre ces deux personnalités qui s'entrechoquent dans des situations plus que surréalistes, il y a heureusement Fran Katzenjammer (Tasmin Greig), une commerçante névrosée, alcoolique et dépendante qui tient - sans grand enthousiasme ni conviction - une boutique inintéressante de l'autre côté de la rue. Tout ce petit monde bien barré évolue au fil de 18 épisodes improbables et excessifs. Mais il y a bien pire...
Black books, série courte créée par Dylan Moran et Graham Linehan, finira de vous convaincre de l'inanité des meilleures pratiques commerciales et du bien fondé de posséder tout près de soi, des amis sincères et sans aucun amour propre. Juste un régal !
 
C pour l'exposition Ceramix, de Rodin à Schütte : les révolutions contemporaines d'un artisanat sous-estimé.


Entre Sèvres - Cité de la Céramique et le 12ème arrondissement de Paris - la Maison rouge et du 9 mars au 12 juin 2016 derniers, la céramique contemporaine s'est montrée sous de nombreuses facettes, pour certaines vraiment novatrices, dans une double exposition baptisée Ceramix, de Rodin à Schütte. Il faut dire que depuis la fin du 19ème siècle, tranquillement, cette pratique longtemps dévolue à la seule réalisation d'objets utilitaires comme de la vaisselle, étonne et connaît plusieurs révolutions : de la France à l'Amérique latine en passant par le Japon, la céramique se métamorphose. De nouveaux sujets apparaissent, le hasard devient une composante importante dans le processus de cuisson, des teintes inédites colorent des pièces qui s'agrandissent et se complexifient : sous l'impulsion d'artistes redoublant d'audace et d'inventivité, la céramique se hisse au rang d'Art contemporain. Un bel événement mis en œuvre sous le commissariat de Camille Morineau et Lucia Pesapane, et qui a déjà donné lieu à un premier texte tant le propos m'a plu, et c'est ici.

D pour le Détournement de contes : étude, analyse et critique d'un procédé littéraire au Centre de Promotion du Livre de Jeunesse à Montreuil, Seine-Saint-Denis.


Chaque année, je m'injecte une petite dose d'étude critique d'un genre littéraire destiné à la Jeunesse ou d'une situation de médiation culturelle en direction des jeunes publics, principalement. Toujours en fonction de ma propre actualité : projet d'intervention spécialisée, besoin d'un approfondissement ou d'une mise en perspective d'une expérience passée, projet de création personnel.
Cette année, j'assiste à deux journées consacrées à l'analyse des formes et des intentions du Conte, dans le cadre de formations dispensées par l'École du CPLJ-93. Ce genre prisé m'intéresse beaucoup car on le retrouve sous des formes (ou adaptations) très disparates en Littérature (album, roman, nouvelle) comme dans les Arts visuels (bande dessinée, cinéma, théâtre, danse, publicité).  Le détournement s'applique, lui, à prendre le conte par un bout particulier, du point de vue du texte ou de l'image originels, en admettant qu'une version de "départ" existe : changement de champ lexical ou de ton, focale sur un personnage secondaire, retournement de situation tel que le changement de la fin ou du début de l'histoire... Connaissez-vous Bou et les 3 zours ou Boucle d'or et les 7 ours nains, Le Chaperon rouge de ta couleur ou Rouge rouge Petit chaperon rouge ?

E pour le long métrage Eega (2012) : une mouche, star d'une fiction indienne signée S. S. Rajamouli et J.V.V. Sathyanarayana


Eega est un conte moderne à la sauce bollywood qui parle d'un amour compliqué et funeste : au début, ils sont deux hommes (Nani et Sudeep) à aimer la même jolie femme au grand cœur, mais un peu pimbêche (Bindhu/ Samantha Ruth Prabhu). Si le premier, pauvre et rêveur, est sincèrement amoureux et, n'osant pas déclarer sa flamme, ronge son frein tout en gardant espoir, l'autre, riche et libidineux, multiplie les stratagèmes grossiers pour vite gagner l'admiration de la belle indécise - et un peu manipulatrice - jusqu'à oser l'ultime action qui va sceller leur destin à tous les trois. Une mouche musclée apparaît dans le coin de l'écran soudain, et une vengeance lente, violente et extraordinaire s'installe, jusqu'au final époustouflant.
Pour vous éviter une tension générée par ce suspense insoutenable et ces cachotteries littéraires malvenues et surtout, pour voir de quoi il retourne, il est recommandé de se procurer sans plus tarder cette fiction vraiment originale. A ne pas mettre entre toutes les mains cependant, les scènes de violences bien qu'imaginaires sonnent très réalistes.

F pour le Festival Les éternels FMR : une librairie tient salon à la Halle Saint-Pierre, Paris 18ème.


Ce sont deux rendez-vous, un, à la fin de l'hiver et un, juste avant l'été,  organisés par la librairie parisienne Les FMR à la galerie de la Halle Saint-Pierre et qui valorisent la production d'une petite soixantaine de maisons d'édition indépendantes. Le festival Les éternels FMR est évènement à retenir pour celles et ceux qui aiment la découverte et la rencontre. Car, le festival aime faire découvrir la singularité, susciter les croisements de regards et la rencontre entre des sensibilités artistiques et littéraires : sur les étals, des albums-livres objets pour la Jeunesse, des contes-livres d'artistes, de la littérature illustrée, de la bande dessinée d'Art... Dans le hall ou dans l'amphithéâtre, une comédienne proposera volontiers à un danseur de l'accompagner dans une lecture à voix haute improvisée, de jeunes éditeurs lèveront le voile sur leur labeur quotidien, des auteurs-es émergeants-tes mettront à jour leur processus de création ou, des projets en cours (fanzines, revues...) exposeront leurs succès récents et leurs chantiers à venir.  
Deux quinzaines de jours par an dédiées à l'édition en mouvement à visiter, forcément.   

H pour le film d'animation Hana et Alice mènent l'enquête (2015) : une fiction mature au visuel hybride par Shunji Iwai


Dans ce long métrage animé, il y a un peu de fantastique, des relations compliquées avec des mères et des pères, un lycée où il court une légende effrayante qui parle d'un Judas mort, de sorcière et d'incantations magiques, des garçons et des filles crédules, Alice, la nouvelle de l'école et d'emblée, personnage très sympathique, une enquête, du suspense évidemment!, quelques bagarres, des promesses d'histoires d'amour, Hana, une fille revêche et rebelle qui sèche l'école et se cache derrière un rideau, un vieux  fonctionnaire sur une balançoire, et surtout, une belle amitié qui débute mal mais qui se termine bien. L'animation est ici assez singulière mais non dénuée  de charme ; c'est un mélange étonnant de stop motion, de dessin de story-board et d'animation en 2D dans des lieux, pour certains, traités dans un réalisme photographique ; l'image semble parfois inachevée.
En dehors de cette particularité visuelle qui lui donne une coloration à la fois datée et très contemporaine, Hana et Alice mènent l'enquête est un long métrage que le public adolescent devrait apprécier.

I comme Illustration - Narration à l'ESAA Duperré : un semestre penché sur un projet éditorial qui parle d'arbres et des lettres de l'alphabet.

 

Après deux années à penser à un projet d'abécédaire sur le souvenir de l'arbre  et à me former sur ce genre d'imagier qui me séduit, suivies d'une année à écrire des textes variés pour cet abécédaire, à étudier et à dessiner des arbres, j'ai eu envie de me concentrer sur certains points de ce projet de livre illustré : quel(s) rapports entretiennent mes images et mes textes ? Puis-je clarifier le style des images que je souhaite produire ?  Comment profiter de la première mouture du projet ? Et la suite, une fois le livre terminé ? Comment l'envisager d'un point de vue éditorial ?... 
Dans le cadre des CMA (Cours municipaux pour adultes) de la Ville de Paris, je m'inscris donc en mars pour cinq petits mois successifs dans l'atelier Illustration - Narration qui aura lieu dans l'une des prestigieuses écoles supérieures d'Arts appliqués publiques parisiennes, et ce, à raison d'une séance de quatre heures par semaine - c'est un rythme à suivre ! Après mes recherches personnelles, ce que je désire absolument : un tout nouvel éclairage sur ce projet de cœur et des conseils avisés et pertinents pour organiser sa présentation future à un éditeur.  
L'atelier tiendra ses promesses : soutien à l'élaboration du chemin de fer (= storyboard mais pour un album),  attention portée au choix d'une(des) police(s) appropriée(s), recherche de couvertures, étude des liens textes-images avec présentation d'une variété d'albums à l'appui, et aide à la préparation d'un book cohérent et valorisant. Le petit plus : des temps de mises en situation !


J comme Jeux au festival "Paris est ludique" : deux jours entiers pour s'affronter... gentiment.


Les 25 et 26 juin derniers s'est tenue la 6ème édition du festival de jeux de Paris, Paris est ludique. Plus d'une centaine de professionnels (producteurs et concepteurs) viennent promouvoir leurs célèbres créations et leurs dernières réalisations. Sur les pelouses de Reuilly, chaque marque dispose de sa propre tente et propose aux visiteurs excités et impatients d'expérimenter une multitude de jeux mis en libre service ; des animateurs-trices - plus ou moins pédagogues - sont là pour expliquer les règles de chaque jeu. En "gameuse" maniaque qui se respecte, je suis venue accompagnée avec la ferme intention de jouer uniquement avec ma chère moitié. Pourtant, dans cette ambiance bon enfant qui donne envie de tout essayer, j'accepte volontiers de tester de tout nouveaux jeux avec des inconnus, le temps d'une ou de plusieurs parties. Je découvre par exemple le Mölkky, variante finlandaise de la pétanque, en un poil plus retorse.
Sortie de ce festival à l'heure de la fermeture avec un sac rempli de nouveautés, je me dis en moi-même : "Le jeu est un virus !" Pour ne pas manquer les prochains événements ludiques, suivez le festival.

L pour La tortue rouge (2016) : une "robinsonnade sans paroles" franco-belgo-japonaise de Michael Dudok de Wit


La tortue rouge conte l'histoire à la fois simple et merveilleuse, parfois dangereuse et éprouvante, d'un homme ordinaire. Un homme ordinaire plongé dans la tourmente de l'océan et rejeté sur une île, perdue dans un immense quelque part, verdoyant mais désert, excepté quelques crabes entêtés. Il est seul et seul, ce Robinson moderne va chercher à survivre puis, à quitter ce lieu sans espoir, à bord d'un radeau monté à la sueur de son front. Mais quelqu'un ou quelque chose l'empêche de partir - et violemment ! - l'obligeant à recommencer son labeur encore et encore : une tortue rouge géante. Jusqu'au jour où il prend le dessus et se débarrasse de celle qui rend toute fuite impossible. Peut-être serait-il parti s'il n'avait pas vu, sortant de l'eau, cette femme à la chevelure rouge qui d'emblée s'intéresse à lui.
La musique a remplacé la nécessité impérieuse de la parole ; l'animation très sobre tant au niveau des teintes choisies qu'au niveau du chara design confère à ce long métrage ambitieux des aspects de rêveries éveillées et laisse aux protagonistes toute la place pour évoluer et vivre devant les yeux charmés des spectateurs.  S'agit-il ici du rêve d'un homme presque mort ou celui d'une femme née d'une tortue ?...
 
M pour Mauvaises graines II à la Topographie de l'Art : des tréfonds de l'âme et du dessin jaillissent des roses aux épines ensanglantées.


Les Mauvaises graines s'appellent Omar Ba, Stéphane Blanquet, Céline Guichard, Hélène Muheim, Stéphane Pencréac'h, Chloé Poizat, Cendrine Rovini, Emili Theander, José Maria Gonzalez... La galerie d'Art contemporain La Topographie de l'Art réunit dans ce nouvel opus, des artistes qui entretiennent des rapports particuliers avec le dessin, le support, le corps et la narration. Sur les murs de la galerie, se rencontrent alors des portraits sérigraphiés inquiétants, inspirés par des figures de la mythologie, des plantes gigantesques dessinées à l'ombre à paupières, des récits graphiques mystérieux au lavis, les métamorphoses chargées de sensualité et de cruauté d'une femme-enfant déposées à la surface d'un papier couleur chair, des suites de personnages monstrueux tracés à l'encre ou au crayon - hermaphrodites, fillettes plantureuses ou femmes puissamment membrées - saisis dans une intimité dérangeante... À la faveur de cette exposition, le dessin montre la complexité de son langage et l'étendue de ses possibilités à exprimer l'impermanence, les obsessions, la sexualité et la rêverie. Changeant, il est tout à la fois vecteur de violence, d'angoisse et d'érotisme. À suivre...

P pour le festival  Pulp  : la bande dessinée à la croisée des Arts ou la "BD et ses doubles" à la Ferme du Buisson à Noisiel, Seine et Marne.


Pulp est un festival consacré à la "BD et ses doubles", à savoir, toutes les disciplines et média qui la mettent en scène, l'enrichissent, permettent son analyse critique, ou la présentent différemment au public. A savoir, d'un côté le film d'animation (en séries TV, court et long métrages), la musique, la performance graphique et de l'autre, les conférences, les rencontres dédicaces, les expositions (installations, interactives ou plus classiques). Loin du mastodontesque festival BD d'Angoulême, Pulp est un petit festival où il règne une ambiance tranquille et posée pendant quatre jours. Quatre jours pour découvrir notamment cette année :
- les premières images de Lastman, série animée française très très attendue - adaptée de la BD éponyme - mélange hyper-vitaminé de Cobra et de Nikki Larson, relevé d'une touche de paranormal ;
- l'installation S.E.N.S. de Marc-Antoine Mathieu. Une occasion inédite offerte aux visiteurs de pénétrer physiquement dans son univers graphique aux frontières temporelles et spatiales incertaines ;
- Jean-François Laguionie est venu révéler quelques secrets de fabrication de son dernier long métrage Louise en Hiver, une sorte de méditation poétique et intimiste sur le temps et la mémoire.
- Et, Stéphane Blanquet a proposé sa Colonne d'appendices, visite d'un monde délirant fait d'alcôves peuplées de créatures et de petits cauchemars en papier et en volume.

R pour la Reprise du festival du film d'animation d'Annecy 2016 : parmi des courts métrages décalés et de fort partis pris artistiques, la beauté du ton juste et de l'animation délicate "old school".


Le festival d'Annecy remonte une fois par an jusqu'à la capitale pour montrer ses plus belles pépites, courts primés (films de fin d'étude, de commande, de création) et longs métrages en avant-première. La Reprise du festival a lieu au Forum des Images durant deux jours au mois de juin ; elle propose quatre séances de projections de courts et de très courts métrages retenus selon différents critères, parmi eux,  l'originalité du sujet ou la singularité du propos, l'inventivité de la réalisation, la musique, la qualité de l'animation au niveau technique. Cette année, le jury a souhaité mettre en avant des identités très fortes soutenues par des partis pris et des choix d'animation très décalés, parfois en "marge", un moyen de prouver toute la vitalité de cet art protéiforme. A voir, par exemple : Moms on fire (2016) de Joanna Rytel, Vaysha l'aveugle (2016) de Theodore Ushev ou Decorado (2016) de Alberto Vazquez. Je reste pour ma part fascinée par la poésie, la tendresse, les histoires simples - mais profondes - et l'animation fluide, soignée et plus "traditionnelle". Aussi, je suis emballée par Une tête disparaît de Franck Dion et par Ma vie de Courgette de Claude Barras.
Une tête disparaît (2016), métaphore de la maladie d'Alzheimer, met en scène Jacqueline, une vieille dame qui prend le train pour son anniversaire, avec sa tête sous le bras. Tout irait très bien si une abominable femme au visage de pigeon n'avait de cesse de la suivre et de surveiller ses moindres gestes. Une création toute en justesse pour un sujet trop actuel. Ma vie de Courgette (2016), tiré du roman Autobiographie d'une courgette de Gilles Paris et sur un scénario de Céline Sciamma, raconte l'histoire - toute en pâte à modeler animée - de Courgette, un petit garçon contraint d'aller vivre dans un foyer pour enfants après la mort accidentelle de sa mère. Une merveille d'animation et de fiction complètement made in France et qui prend les enfants au sérieux... Sortie prévue en octobre.

S pour Séries Mania - Saison 7 au Forum des Images, Forum des Halles : le rendez-vous incontournable des fans-dingos-mordus de fictions télévisées sérielles


Toujours beaucoup, beaucoup de choses à voir dans ce festival - gratuit! - qui présente en avril, des suites de séries et des productions internationales en avant-première dans tous les genres connus, de la comédie à la SF en passant par le polar, le drame, l'horreur et le thriller. Et aussi beaucoup de personnalités (comédiens, producteurs, critiques d'art, scénaristes) avec lesquelles échanger, partager et analyser l’engouement "planétaire" pour les séries. Chaque saison de Séries Mania a son lot de petits bijoux et de grands favoris. Pour permettre à un public toujours plus nombreux, jeune et moins jeune, de profiter de ces projections, la principale règle du festival : quinze entrées maximum par personne. Autant dire que le choix est très difficile ; certaines séries ne sont pas assurées d'être diffusées par la suite, il faut avoir du flair. Un grand coup de cœur personnel cette année pour les séries Sam, Capital et Crashing, un sourire entendu pour Angie Tribeca, Baskets et The family Law, et un "je demande à en voir plus, s'il vous plaît" pour The five, Cleverman et Ennemi public. Et c'est bien là l'autre souci du festival, on veut en voir plus, il n'y en a jamais assez ! 

T pour le drame indien The Lunchbox (2013) : un heureux fruit du hasard parfumé et épicé, conté par Ritesh Batra


Tout commence avec un repas livré (= lunchbox) à la mauvaise adresse professionnelle. De Ila, épouse et mère au foyer, à M. Fernandez, comptable quadragénaire taciturne, bientôt à la retraite. Ila n'est pas heureuse dans son couple, elle s'occupe essentiellement de la maison et de sa fille. Son mari toujours très occupé la délaisse. Pour reconquérir son cœur, avec les conseils avisés d'Antie, une sorte de voix off chaleureuse et drôle, elle prépare de savoureux repas, de savoureux repas amoureusement mitonnés, qui surprennent le trop blasé M. Fernandez. Au fil d'une correspondance qui se crée secrètement entre eux grâce à la lunchbox, la possibilité d'une seconde vie amoureuse après la mort, le deuil et la frustration les effleure.
Sobriété des décors, personnages principaux attachants car vrais, narration sans heurts, qui laisse à chaque moment le temps de délivrer sa saveur, piquante ou douce, regards attentifs posés par le réalisateur sur chaque geste, regard, action et instant de solitude de ces deux êtres, enfermés dans leur quotidien et leur situation sociale. The lunchbox ? Une histoire d'apparence simple... qui se lit comme se déguste un millefeuille, avec délice et précaution.

Et c'est tout pour l'instant.

© ema dée

dimanche 24 juillet 2016

Réflexion reptilienne


Parfois,
Le boa constrictor retient sa vieille mue.
Pendant un temps,
Il s'y terre ; il réfléchit.
Il se dit : "À quoi bon perdre l'une pour l'autre
si l'une et l'autre sont identiques ? "
Mais l'instinct de survie précipite sa décision.
Mais cette vulnérabilité momentanée gâche cet élan 
de sagesse.
Divisé, indécis, inconfortable,
à chaque fois,
Il jette sa vieille mue familière loin de lui
et de guerre lasse, revêt une autre peau
en tout point pareille à sa vieille mue familière.

C'est inexorable.

© ema dée