lundi 10 juillet 2017

Faire son autoportrait ?


Ce n'est qu'à partir du moment où l'on est engagé sur un chemin 
que l'on mesure sa réalité. 

Sentence de mon cru qui résume parfaitement le sentiment qui m'a habité pendant cette année de formation au Master 1 Pratiques artistiques contemporaines - Arts plastiques au moment où j'ai posé mon sujet de recherche, l'autoportrait : la frayeur, la gêne, l'envie de fuite... Pourquoi, en effet, se/ me lancer dans un projet où il est question de se/ me représenter alors qu'on a - que j'ai ! - une vraie appréhension à l'idée de mettre en scène, son soi/ mon moi physique, émotionnel ou psychologique ?


Parce qu'en tout premier lieu cela pose la question cruciale du point de vue à adopter, liée nécessairement à la notion de ressemblance. D'aucuns parleront de préférence de mimesis*, d'imitation ou d'identité : ai-je envie, besoin, que l’œuvre que je vais produire soit mon double ? Être reconnaissable est-il pour moi essentiel, nécessaire ? Et ce "reconnaissable" se définit-il en fonction de ma pratique ou de mon physique, ou bien des deux ? Qu'est-ce que "se ressembler" au XXIème siècle et pour servir quel(s) dessein(s) ?

    * Mimesis : terme tiré de la Poétique d'Aristote, définissant l’œuvre d'art comme imitation du monde en obéissant à des conventions. Selon qu'on se place du côté de la Littérature, du Cinéma ou de la Peinture, par exemple,  ce terme désigne la recherche de ressemblance ou de l'effet de réel.

Donner/ créer/ faire une image de soi oblige nécessairement à une prise de distance. Il s'agit d'une représentation qu'elle soit dessinée, peinte, gravée, sculptée, photographiée ou filmée, autrement dit, il y a forcément interprétation dès lors qu'on s'envisage à travers un média.  De plus, l'acte exprime et ouvre d'emblée sur un manque. Le genre, contrairement à ce qu'on aurait pu croire, continue d'intéresser et de fasciner autant les artistes que les historiens de l'Art.


Pour autant, la représentation de soi reste un défi en soi, celui des interrogations de l'artiste face à elle-même, qu'elle fasse de cette auto-représentation le centre de sa création artistique à l'instar d'Ester Ferrer, qu'elle soit le corollaire nécessaire de sa démarche artistique comme chez Helene Schjrefbeck, ou qu'elle la considère comme un outil de construction identitaire, d'introspection, de rêverie, ou de soutien pour une promotion personnelle ou le moyen d'une critique esthétique ou sociale, acérée, humoristique, poétique... (de Vincent van Gogh à Cindy Sherman, en passant par Frida Kahlo, Roman Opalka, Henri Matisse, Jim Dine... pour ne citer que quelques-uns des artistes qui ont compté pour moi cette année).


La représentation de soi, l'auto-représentation, l'autoportrait, la figuration ou l'image de soi autant d'appellations où sourdent à la fois une recherche et la (dé)monstration d'un savoir-faire, d'un style, d'un regard, en accord ou en désaccord avec les codes et les canons de "beauté" de l'époque (goûts esthétiques, attentes du public, critères définis par les marchés de l'Art, influence du contexte socio-économique et culturel voire géographique...) et une interrogation ontologique sur la place et l'être de l'artiste dans le Monde (des idées, des femmes et des hommes).


Pour se débrouiller avec ce nouveau sujet pour lequel je mets entre parenthèses ma tendance à l'autofiction et à l'invention d'avatars et de personnages - actrices de récits imaginaires, je développe une création essentiellement graphique soutenue par trois "exercices" rigoureux : le dessin quotidien face au miroir, le dessin d'après des photomaton et des photographies souvenirs datant de différentes périodes de ma vie, dans des lieux et occasions variés, enfin, le dessin à partir de selfies récents. Je remarque que se regarder dans le miroir oblige à une représentation fixe un peu sérieuse alors qu'avec la photographie en support, je m'autorise une prise de risques, plus de liberté dans mon dessin : l'image photographique joue davantage le rôle d'une source documentaire sur un sujet, moi.


Je réalise que cette phase de "ressemblance" à ce que je vois est incontournable même si dès les premières ébauches, un écart sensible se fait sentir entre le moi-modèle et le moi-portrait ; c'est une étape obligée de mon travail avant de pouvoir laisser advenir autre chose de moins figuratif, de plus narratif ou plus abstrait peut-être.


La recherche en Arts plastiques tout en élargissant son propos singulier à des questions esthétiques et sociales plus larges, doit  néanmoins, il me semble, s'inscrire dans des habitudes de création personnelles. Aussi, je ne peux aborder l'autoportrait sans ouvrir une nouvelle collection d'images qui dessineront au fil des jours, les contours d'une pratique aussi identitaire que mon visage représenté sur une feuille de papier. Je ne peux envisager l'autoportrait sans une pratique graphique diversifiée ; feutre, pinceau, crayon, collages, tout contribuera à étudier et révéler mon moi physique, psychologique et artistique. Je ne peux aborder l'autoportrait sans envisager le livre d'artiste.


C'est aussi accepter de se précipiter, de prendre ce qui vient subitement ou à-priori, d'y voir le signe, la manifestation d'une nécessité, et de faire avec cette spontanéité pour déterminer les choix à venir. Ils seront construits, cultivés, réfléchis grâce à un va-et-vient entre des lectures en Arts et en Sciences humaines (esthétique, philosophie, histoire, sociologie, psychologie, psychanalyse, littérature, ethnologie...) et une pratique qui se révèle, se détermine, se construit par différence ou similitude avec d'autres pratiques.


Le livre d'artiste reste ma manière privilégiée de montrer une cohérence dans une multitude et de livrer un regard personnel sur une idée. C'est cet objet polymorphe, ludique, décalé, poétique, qui répond surtout à mon besoin d'organiser les textes et les images librement, et de me raconter à travers la multiplication et l'accumulation des vues. Ces "organisations libres" que présentent, de manière générale, mes livres d'artiste se soucient cependant d'offrir à la lectrice et au lecteur potentiels la possibilité de manipuler un objet et une liberté de lecture des images et des textes. 
Le livre d'artiste me permet aussi de satisfaire un goût personnel pour la fabrication d'une œuvre à la main, sensible, de facture singulière et adaptée à son propos. J'exprime par ce biais un parti-pris personnel esthétique fort fondé sur la défense et la revendication d'un art dit "artisanal".

Cette année m'aura donné le temps de me pencher plus longuement sur l'esthétique du livre d'artiste. À ce propos, je recommande pour les amateurs-es qui s'intéressent à cette question particulière deux ouvrages indispensables :

- BROGOWSKI Leszek, Éditer le livre d'artiste et l'histoire du livre, Rennes : éd. Incertain Sens, 2016
- MOEGLIN-DELCROIX Anne, L'esthétique du livre d'artiste : 1960/ 1980 : une introduction à l'art contemporain, Paris : éd. Le mot et le reste/ Bibliothèque nationale de France, 2001

Cette recherche est susceptible de se poursuivre sous différentes formes, en voici une - plus libre et spontanée - développée sur mon Tumblr :

"Si on s'invente un peu tous les jours, on peut devenir un personnage fantastique."

Autoportraits, textes et images
Techniques mixtes sur papier - 9 cm x 9 cm
Juillet 2017
 

© ema dée

dimanche 9 juillet 2017

Ma première BD : le monstrueux dans le quotidien


Pour, d'une part, parfaire mes capacités de recherche et de réflexion dans le domaine de la création artistique et plastique, et d'autre part, poursuivre mes projets concernant le livre d'artiste et l'écriture sur la pratique artistique, je décide de suivre une première année en Master Pratiques artistiques contemporaines - Arts plastiques.  

La recherche en Arts plastiques procède d'une démarche triple : une, l'inscription de son travail dans l'Histoire de l'Art moderne ou postmoderne grâce à la détermination de courants artistiques ou d'artistes partageant des points de vue similaires ou opposés à sa création personnelle, deux, l'identification d'une ou de plusieurs questions sociales que peuvent soulever son(ses) propre(s) oeuvre(s) et ses actes de création, enfin, la conduite d'un projet créatif original, engagé, pertinent, c'est-à-dire montrant une maîtrise du langage plastique et des codes de la représentation. C'est pourquoi cette formation associe séminaires théoriques et séminaires ateliers.

Dans ce cadre, j'ai été amenée à créer une bande dessinée d'au moins cinq planches, mettant en lumière une interrogation personnelle sur le monstrueux. Du latin monstruosus, le terme signifie, par exemple :

- qui est atteint(e) de graves malformations ;
- qui est excessivement laid(e) ;
- qui est d'une intensité extraordinaire ;
- qui a atteint un degré extrême dans le mal.

"Le monstrueux se définit par son écart à une norme, au banal. Ce terme péjoratif désignant une chose contraire aux lois de la nature est assorti d'un cortège de synonymes : abominable, affreux, difforme, effrayant, atroce, incongru, odieux, terrible, etc. Pourtant la monstruosité peut simplement venir du banal. L'ordinaire, le quotidien peuvent devenir monstrueux". Sources : Dictionnaire Larousse et site CNRTL

*

Chacun(e) pourra faire sa propre liste d’œuvres artistiques (Cinéma, BD, Peinture, Sculpture, Arts graphiques, clips vidéo) et supposées non artistiques (Publicité, Tourisme) mettant en scène une monstruosité externe ou interne.

Pour ma part, le fil directeur de ma création plastique produite pour l'atelier fut celui-ci : la monstruosité n'est pas forcément là où l'on croit qu'elle est ; il peut y avoir plus monstrueux encore. Comment tout ceci peut-il se mettre en place plastiquement (et graphiquement) ? Je me suis intéressée au couple perception-réception, je veux dire, à la perception du monstrueux et à sa réception, à savoir l'émotion/ la réaction qu'il peut susciter/ provoquer. Cela m'a poussée à étudier son expression du point de vue physique, émotionnel et comportemental, que cela concerne un seul individu, un groupe,  un animal..., à travers un corpus iconographique, constitué de références variées.


M le Maudit (F. Lang)

Citons pêle-mêle : du côté des longs-métrages - que j'affectionne tout particulièrement, M le Maudit (Fritz Lang, 1931), Freaks ou La monstrueuse parade (Tod Browning, 1932), La féline (Jacques Tourneur, 1942), Them ! ou Des monstres attaquent la ville (Gordon Douglas, 1954), Le villages des Damnés (Wolf Rilla, 1960), Carrie au bal du diable (Brian de Palma, 1976), Elephant Man (David Lynch, 1980), The thing (John Carpenter, 1982), Baxter (Jérôme Boivin, 1989), C'est arrivé près de chez vous (B. Poelvoorde, R. Belvaux, A. Bonzel, et al. , 1992), Le tombeau des lucioles (Isao Takahata, 1996), Princesse Mononoké (Hayao Miyazaki, 1997), L'échine du diable (Guillermo del Toro, 2002), Nobody knows (Hirokazy Kore-eda, 2004), Calvaire (Fabrice du Weiz, 2005), Paprika (Satoshi Kon, 2006), Grace (Paul Solet, 2009), Insensibles (Juan Carlos Medina, 2012),  L'attaque des Titans - le film tiré du manga éponyme de Hajime Isayama (Shinji Higuchi, 2015), The Host et Okja (Bong Joo-Oh, 2006 et 2017)... et tant d'autres !

L'ogre - Le petit Poucet (C. Perrault - G. Doré)

Et du côté de l'image fixe - évidemment : Le portement de croix (peinture de Jérôme Bosch, 1515-1516), Judith et la tête d'Holopherne (Lucas Cranach, 1530), Saturne dévorant un de ses fils (peinture de Francisco de Goya, 1819-23), Le petit Poucet (conte illustré par Gustave Doré, 1881), La vie à pleines dents (accumulation d'Arman, 1960), Max et les Maximonstres (album jeunesse de Maurice Sendak, 1963), Vanitas, robe de chair pour albinos anorexique (sculpture de Jana Sterbak, 1987), Big man (sculpture géante de Ron Muerck, 2000), Il y a un cauchemar dans mon placard (album jeunesse de Mercer Mayer, 2000), Jesus Betz (texte illustré de Fred Bernard et François Roca, 2001), Cinéma panopticum (bande dessinée de Thomas Ott, 2005), et aussi, la démarche de l'artiste plasticienne Orlan (1947-...), certaines œuvres d'Ensor, Edward Munch, Egon Schiele, de Pablo Picasso, Otto Dix, George Grosz, Germaine Krull, Germaine Richier, Hans Bellmer, Francis Bacon, Diane Arbus, Marlène Dumas, Cindy Sherman, Kiki Smith...  Dans les pratiques très contemporaines, pensons à Dave Cooper,  Céline Guichard, Ludovic Debeurme, Stéphane BlanquetChris Mars, Paul Toupet ... qui sont autant de références - selon mon propre regard  - qui abordent de manière singulière, frontalement ou indirectement, le monstrueux représenté et perçu.
*

Après plusieurs essais et parce que j'ai mis cette année de formation sous le signe du questionnement de l'intimité (de mon moi, de l'atelier, de ma pratique...), je décide de me pencher sur l'intimité de la vie de famille. "C'est ici que commence le façonnement de l'esprit et de l'âme, le bon comme le mauvais, (...) et qu'ont lieu dans le plus grand secret, les petits drames traumatiques ".

"J'ai choisi de centrer mon premier récit autour de la relation entre un animal au physique bizarre et un couple qui le recueille, un jour d'avril... "

Chroniques quotidiennes # 1 El Rato
Feutre et feutre pinceau sur papier Clairefontaine blanc A3 
Mise en couleur avec Photoshop - 2017

... " Mon histoire cherche à interroger notre jugement et s'appuie sur deux éléments qui structurent l'ensemble : le corps d'El Rato et la narration à la première personne du mari, ponctuée d'introspections et d'avis personnels. Qui est monstrueux ? L'animal qui vit selon ses instincts ou ses maîtres peu responsables ?... " (cf. Ma note d'intention pour ce projet)

À partir de cette première proposition, qui articule un texte bavard et un dessin clair mais expressif, à cheval entre le dessin pour enfants et le dessin expérimental qu'on peut rencontrer dans le fanzine ou ce qu'on appelle aujourd'hui les littératures graphiques contemporaines (cf. Jean-Noël Lafargue, Université Paris VIII), d'autres développements sont possibles :  faire le récit d'une monstruosité particulière - et étudier ses conséquences sur autrui ou son impact depuis l'intérieur (voix off, introspection) ou encore, raconter un fait, fictif à valeur symbolique ou historique.

© ema dée

samedi 8 juillet 2017

Un dessin par jour : une expérience qui dure depuis plus d'un an !

Chères-s internautes,

Voici quelques retours pleins de mots et d'images sur une expérience de dessin journalier en work in progress qui a commencé en avril 2016.

Il y a un peu plus d'un an, sur les étals d'un petit commerce de proximité, je trouve une idée cachée dans un bloc cubique contenant des feuilles de papier blanc très fines et de format carré (dimensions 9 cm x 9 cm). 

Une idée cachée qui s'offrait à mon goût pour les expériences. 

Il n'en fallut guère plus en effet pour déclencher en moi l'envie de me lancer dans un nouveau projet de création : le texte-image régulier, entre le work in progress, l'imagier, le dessin en série et la fiction quotidienne.

Un principe de départ qui mettra cependant quelques mois avant de trouver sa forme, son rythme, ses thèmes, ses moyens d'expression et sa finalité : soutenir une production graphique et écrite qui arrive telle que, mais qui s'intègre dans un cadre pensé en amont, pour éviter de partir dans tous les sens.

Afin de solutionner l'épineux problème de ma recherche de perfectionnisme qui me fait hésiter, je me pose une contrainte fondamentale : ne rien jeter, ne rien effacer, le premier trait jeté sur la feuille doit être conservé, le dessin commencé quelle que soit sa qualité sera publié.

La colonne vertébrale de ce travail expérimental demeure mon intérêt pour les imagiers dont j'aime parler de temps en temps, selon différents angles : rencontre avec des auteurs illustrateurs créateurs d'imagiers (en général pour enfants), compte-rendu de journées de formation sur ce genre de livre inventaire, sélection de coups de cœur...

L'imagier est comme chacun(e) le sait, un type de livres réunissant des informations (iconographiques, textuelles) dans un ordre précis (alphabétique, numérique, thématique) et/ ou selon la sensibilité de l'auteur(e), d'une manière plus arbitraire. Il existe toutes sortes d'imagiers qui proposent des images en vis-à-vis ou des images accompagnées de textes. Depuis les jolis Albums du Père Castor aux graphismes colorés et plutôt réalistes ou les petits documentaires très pédagogiques édités par Gallimard et intitulés Mes premières découvertes associant dessins, photos, textes et jeux de manipulation, le genre a fait du chemin ;  il est devenu un véritable objet de création et d'invention pour les artistes.

Sa fonction principale reste cependant d'offrir aux jeunes enfants une sorte de "représentation" du monde qui les familiarise peu à peu avec la lecture et dont la présentation, les formes, les styles sont souvent dépendants des modes et des progrès sociétaux. L'origine du mot imagier est toutefois plus ancienne que la naissance de la Littérature de Jeunesse.

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* Sources : J.-M. Polese, Fleurs de montagne, Chamalières (Puy-de-Dôme) : Artémis éd. , 2003 et 
N. Machon et E. Motard (dir.), Sauvages de ma rue : guide des plantes sauvages des villes de France, Paris : Le Passage éd. , Muséum national d'histoire naturelle, 2012

Pour ma part, réunir textes et images dans des cycles graphiques qui suivent de près mes propres préoccupations artistiques, c'est m'amuser à organiser un petit chaos particulier et, en tout premier lieu, entretenir une douce folie : la collectionnite aiguë. J'y vois également un moyen ludique de me documenter* sur des sujets très divers.

J'offre ci-dessous une sorte de petit résumé en images de cette première période graphique et littéraire. Par delà, l'effet de pêle-mêle et d'inventaire d'éléments hétéroclites, s'exposent certaines de mes obsessions (le texte décalé, le dessin d'animaux, le personnage imaginaire, le trait noir et la couleur expressive).

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Cliquez sur l'image pour agrandir et pouvoir lire les textes plus aisément !

 C'est aussi expérimenter à ma façon :

1 - L'effet Koulechov (qui s'applique à l'origine au montage cinématographique) : chercher à faire émerger du sens grâce à la contiguïté des images (ou par "contamination sémantique"), provoquer des associations libres supplémentaires chez l'internaute.
2 - le rapport texte-image (à la base de la création des albums jeunesse et des bandes dessinées) : complémentarité, redondance ou décalage dans le but de produire un effet de surprise, un récit...

Qu'est-ce que vous raconte cette suite d'images ?

Un peu plus d'un an est passé donc, et chacun(e) venant se ressourcer, ici, sur ce blog créatif, aura pu suivre l'évolution à petits bonds et rebonds de ce projet baptisé Le Horlart à 1,99

La publication quotidienne sur Tumblr constitue la première étape de ce projet d'envergure qui s'étale sur deux ans et quelques mois. Ce sont des rendez-vous journaliers avec soi qui cependant tiennent compte de mes contingences professionnelles et personnelles. Cela explique pourquoi, parfois, l'image du jour voire les images de jours successifs arrivent avec un peu de retard.

Pour découvrir la présentation de la seconde étape de ce projet, le livre d'artiste, il faudra, chères-s internautes, s'armer de patience et de confiance !

© ema dée

samedi 1 avril 2017

A petits pas, dessiner des arbres...

L'hiver finissant, avec ses journées plus douces, plus longues et plus claires,  j'eus envie de forêts, de bois, de jardins, de bosquets, de sols terreux, de marches un peu boueuses et de pluies fines brouillant mon horizon jaune pâle.



Le printemps arrivant sans tambour ni trompette, je me mis à remplir d'arbres imaginaires noirs d'encre, des feuilles carrées immaculées et successives... Et ça s'est passé au fil des jours sur Le Horlart à 1,99.

© ema dée

mercredi 8 mars 2017

Je fête la Journée mondiale de la Femme

A l'occasion de la Journée mondiale de la Femme, je célèbre avec l'équipe d'Improzine cette femme unique et multiple qui nous a inspirés, soutenus, surpris, charmés...

Pour découvrir ce bel hommage, cliquez sur l'image ci-dessus :

http://improzine.blogspot.fr/search/label/journ%C3%A9es%20de%20la%20femme

© ema dée

dimanche 29 janvier 2017

Enfin les voeux pour l'année 2017 !

Chères internautes, chers visiteurs, 

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Vu mon retard, je me suis mise en quatre pour vous proposer des VŒUX hyper positifs, super vitaminés avec tout plein de couleurs (et de paillettes), pour cette nouvelle année...

Ouste 2016  ! Et comme on dit : "La reine est morte, vive la Reine !" Donc, bienvenue à l'année 2017, bienvenue, ma belle ! 

Qu'elle soit pour chacune et chacun d'entre vous, riche, débordante de générosité, audacieuse, tendre, bienveillante, rigoureuse, amoureuse, AMBITIEUSE, et surtout dé-pay-san-te et LÉGÈRE, toute légère, on en a besoin... de la légèreté et de l' HUMOUR, du beau, du vrai, du qui sent un peu sous les bras le musc et la lavande, pour changer des atmosphères aseptisées !

Recevez donc, toutes et tous, mes meilleurs vœux pour une bien ... 

http://nsm08.casimages.com/img/2017/01/29//17012911525214387614812653.jpg*

Profitez de tous les petits bonheurs de la vie quotidienne, tant qu'il y en a ...

*p.s. : une jolie planche de tronches en couleurs réalisée à partir de mon cycle graphique du mois de décembre sur Le Horlart à 1,99. Pour découvrir ce cycle et bien d'autres, c'est ici.

© ema dée

vendredi 27 janvier 2017

Choisir le titre d'une oeuvre ?

 

Petit retour sur une composition réalisée l'année dernière, pour parler d'un aspect délicat de mon travail : trouver LE titre de mes œuvres. Quand je dis LE titre, je veux dire, le définitif, le satisfaisant, bref, le titre qui ne me donne pas envie d'en changer à chaque fois que je montre ma production.

D'aucuns m'objecteront que ce n'est pas un problème sérieux vu que les œuvres présentées dans ce blog n'ont pas de titre, et là, je dis... c'est à la fois vrai et faux !

En fait, c'est à moitié faux... Certaines de mes œuvres comportent un titre définitif mais elles se trouvent plutôt dans les premiers articles publiés de mon blog. À cette époque, nommer mes productions me semblait aller de soi, comme une partie intégrante de l'acte de création. Et puis par la suite, c'est devenu plus problématique : devant ma difficulté à me décider une bonne fois pour toutes sur un seul et unique titre qui engloberait toutes les significations possibles de l’œuvre produite, j'ai préféré laisser la possibilité à chacun(e) de trouver le titre qui lui convient en n'en donnant aucun. C'est notamment le texte que l’œuvre illustre - ou accompagne - qui va suggérer l'idée d'un titre ou donner l'envie d'en trouver un ; ainsi, chacun(e) peut faire comme bon lui semble. 

Et c'est à moitié vrai...  Certaines des créations visibles ici et publiées ailleurs, notamment dans un portfolio en ligne ou sur Facebook, sont accompagnées d'un titre (et parfois, d'indications matérielles). Dans ce cas, ce dernier fournit une sorte de contexte et pallie à l'absence du texte d'origine (récit ou article documentaire).

Le nœud du problème est, me semble t-il, de déterminer dans le cas du dessin le lien de dépendance de l'image par rapport à un texte. Si l’œuvre est une illustration, dans ce cas, elle ne peut pas vraiment exister sans lui, et du coup, quel besoin de lui donner un titre particulier ? Si l’œuvre est indépendante du texte et ne fait que l'accompagner, le titre me semble dans ce cas-ci plus nécessaire. C'est un avis très personnel, cependant et pose en filigrane, la question de la médiation des œuvres graphiques à vocation illustrative.

Plus largement, est-ce essentiel de donner un titre à une œuvre plastique ? Et d'une, tout dépend du titre et de l’œuvre, et de deux, de la fonction qu'on attribue à ce titre, pour finir, de sa plus ou moins grande tendance personnelle - diabolique et joueuse - à semer la zizanie ou le dépaysement dans l'esprit d'autrui, avec un titre à la René Magritte, par exemple ! Enfin, tout dépend aussi de la manière dont, en tant qu'artiste, on se situe par rapport à un courant artistique contemporain (postmoderne), moderne, ou bien à une période esthétique plus ancienne. Chez certains, l'engagement artistique se lit autant dans les choix plastiques que dans le choix d'un titre particulier.


"Baptiser" une œuvre personnelle informe sur la relation entre l’œuvre, l'artiste, son public potentiel et son époque. Cette relation peut être, par exemple :

a - une complémentarité ludique, teintée d'une poésie ou d'un humour un brin licencieux : une femme nue et impudique est assise avec deux messieurs bien habillés dans un jardin verdoyant. Aux dires d'Édouard Manet, c'est Le déjeuner sur l'herbe. S'agit-il d'un titre provocateur ? D'un plaidoyer en faveur de la modernité ?

b - un jeu de questionnements, un va-et-vient : une suite de photographies de mains expressives mises en scène dans des petits cadres noirs suspendus par des fils, sera baptisée par Annette Messager, Mes vœux. Le titre ouvrant sur un champ de significations et d'associations apparaît aussi poétique et énigmatique que l’œuvre elle-même.

c - une répétition (redondance), une sorte de tautologie - mais radicale : vous avez devant les yeux un tableau représentant un carré noir sur fond blanc ; Kazimir Malévitch proposera : Carré noir sur fond blanc. (L’œuvre comporte un autre titre : Le Quadrangle.) Mais quelle nécessité de nommer justement ce qu'on voit ? Mais que voit-on, justement, la couleur, la forme, le tableau ? Est-ce pour appuyer un propos ? Critiquer une tendance de l'Art ? Faire référence à une autre tradition picturale ? 

d - une description de ce qui doit être vu, compris par tous : Mise au tombeau du Christ pour la représentation d'une mise au tombeau du Christ datant du Moyen-Âge ou de la Renaissance. Ici, le contexte de naissance de l’œuvre est primordial, tout comme la considération que l'époque avait pour les artistes. Il y a identité entre l’œuvre, son contenu et l'intitulé. Il n'y a pas de sous-entendu, ni de devinette, ou de pied-de-nez de l'artiste vers le spectateur car il s'agit d'une œuvre religieuse à vocation "sociale" et pédagogique, me permettrais-je d'ajouter.

e - un oubli, une paresse ? Plutôt un manque d'information concernant l’œuvre en question (l'artiste est mort avant d'avoir nommé l’œuvre ou l’œuvre n'est pas considérée comme achevée ou essentielle pour son auteur(e), ou bien, il s'agit d'un rejet par l'artiste de la convention normative institutionnelle - cela concerne davantage les périodes moderne et contemporaine : l’œuvre ne comporte pas de titre. Dans un musée, on lira d'ailleurs sur le cartel Sans titre ou Untitled...

Il y a bien d'autres exemples. Chaque positionnement se vaut, se justifie et aura une conséquence sur la réception de l’œuvre et sur son appropriation par celui(celle) qui la regarde. (Il est toujours très instructif d'entendre ce que le public a à dire sur les titres des œuvres et voir comment ces derniers éclairent la compréhension des œuvres regardées ou au contraire, apportent de la confusion.)


Revenons à l'objet de mes tracasseries : je fais pour célébrer la fête d'Halloween du 31 octobre dernier, la composition ci-dessus. Elle rassemble une foule de personnages féminins plus ou moins déguisés qui ont l'air de se rendre quelque part. Elle sera publiée le jour dit sur le blog d'impro BD Improzine.

Mon premier réflexe fut de nommer cette récente production Le sabbat des 30 parce que c'est le titre de l'histoire qui m'a inspiré ce dessin. Sauf que rien n'indique qu'il s'agit d'un sabbat. Par contre, mes trente fêtardes sont bien au rendez-vous (il suffit de les compter !) Mais, j'aurais pu en dessiner moins (ou plus) pour m'amuser à créer un petit trouble à ma façon... Plus tard, je me dis que le titre Le Bal des sorcières - simple et immédiat - est finalement plus approprié, mais insatisfaisant, au bout du compte, car justement, il n'est pas vraiment original.  Qu'apporte-t-il en plus par rapport au dessin ? À force d'y réfléchir, je tranche en choisissant La sorcière-party. Bof...

D'autres titres me sont venus par la suite. Ainsi, j'aurais pu appeler mon dessin de la manière suivante :

- Le jour de la Grande citrouille ;
- La forêt des sortilèges et des grimoires ;
- L'élection de Miss Halloween ;
-Trente sorcières toutes différentes descendant une rue en foule compacte avec une citrouille au premier plan, surmontée d'une bougie allumée ;
- L'invitée était en noir ;
- Les siamoises en balade ;
- Le meeting ;
- La maison sur le bord du chemin ;
- Witches, pumpkins and hats ;
- The Witch  (déjà pris !)
- Noir Cadmium ;
- L’œil torve du Corbeau de Montrouge.
 
Chacun de ces noms fait regarder cette œuvre sous un angle différent... établit un lien de connivence...  donne (ou rajoute) un ton, humoristique, neutre, poétique... renvoie peut-être à un genre... ou oriente l'image vers un public particulier. Quelles impressions vous font-ils ? L’œuvre est-elle plus claire ou plus drôle ? 
Vous êtes invité(e) à poursuivre cette liste non exhaustive - si l'inspiration est là et si le cœur vous en dit, bien sûr ! Et, demandez-vous ce qui guide votre choix : votre lecture de l'image, un détail qui a retenu votre attention, ou au contraire, ce qui manque selon vous dans cette production, etc ...


Remarque : il s'agit ici d'évoquer à ma manière une question bien plus complexe, nourrie à la source des observations et des impressions que j'ai pu me faire en visitant des expositions en Arts visuels. Qu'en est-il ailleurs, en Design, en Littérature, au Cinéma, dans l'industrie Automobile ou dans les Cosmétiques... : qu'est-ce qui se cache derrière le titre d'une œuvre, le nom d'un produit marchand ? Vaste programme de réflexions, n'est-ce pas ?!

© ema dée