vendredi 16 novembre 2007

Illustrer un conte pour enfants ?

Parfois, d'un personnage esquissé, plus particulièrement de l'expression que je lui ferai prendre volontairement ou non, naît l'orientation que prendra l'illustration du conte.  Il faut dire que j'ai une préférences pour les personnages dits "négatifs" tels que les ogres, les sorcières ou le loup.

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Tête d'ogre
Crayon et feutre - 2007

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La sorcière à la pomme empoisonnée
 Feutre - 2007

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Je continue à chercher comment illustrer d'une manière personnelle des contes traditionnels, maintes et maintes fois adaptés. Comment proposer de la nouveauté dans un domaine où tout semble avoir déjà été dit, dessiné, peint ou photographié?… Quel parti prendre… sans s'enfermer dans un système, une mécanique graphique, des recettes toutes faites…Comment “innover” tout en restant constant?

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En attendant Barbe-Bleue (Détails
Stylo à bille sur papier sur papier vergé


De nombreux illustrateurs que j'admire sont passés par les contes, de Arthur Rackham à Lorenzo Mattotti en passant par Sarah Moon… Je regarde ce qu'ont fait les autres par curiosité ou envie parfois ; mais finalement, il s'agit de parler de mon rapport singulier aux contes, d'en donner une lecture particulière,  reconnaissant de fait sa partialité. C'est ce qui me semble important : toute lecture se doit d'être engagée pour éviter d'être une inutile répétition du texte. Pour cela, il faut chercher, chercher encore. Mon premier jet contient souvent toute ma réflexion, brutale, spontanée et sincère…

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Hansel surpris par la sorcière
Crayon sur papier Canson

Ma principale difficulté est de travailler un conte dont les interprétations sont très nombreuses. Je m'explique. 

Prenons le Petit Chaperon Rouge. J'aime tout particulièrement ce conte sans vraiment savoir pourquoi. Je connais beaucoup de versions illustrées qu'il s'agisse d'adaptations ou de reprises du texte “original” (ou originel, comme on veut). Par exemple, connaissez-vous le drolatique Petit Chaperon rouge de ta couleur raconté par Vincent Malone, l'inquiétant Rouge Rouge petit Chaperon Rouge de E. Van de Vendel et I. Vandenabeele (aux éd. du Rouergue), la version tendre et vraie d'Eric Battut, Freeway, l'adaptation cinématographique trash de Matthew Bright (1997), le perturbant Petit chaperon rouge de Sarah Moon (aux éd. Grasset), la publicité de Luc Besson pour le Chanel n°5 (1998), le corrosif Hard Candy de David Slade (2006) … ? 

Autant de lectures et d'adaptations qui exploitent les multiples facettes et sous-entendus de ce conte traditionnel. Ce conte m'évoque tour à tour une morale chrétienne, des conseils maternels, l'ambivalence de l'adolescence, le viol, la peur de la dévoration, une esthétique particulière…. autant d'interprétations parmi lesquelles je me suis noyée afin de trouver une version satisfaisante…

Une direction parmi d'autres : une mise en image de ce conte pourrait mettre en scène l'idée de menace et de séduction ambiguë.

"Une menace louve pèse sur le Chaperon rouge, pas si innocent que cela" - Texte libre à partir du conte.
 
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Jeux de séduction ?
Crayon et feutre noir sur papier aquarelle - 2007


 
Toujours obsédée par la mise en images de textes pour les adultes lus aux enfants, j'ai choisi de travailler sur plusieurs contes considérés comme des classiques. Non pour rivaliser avec de grands illustrateurs, mais simplement comme un défi parmi tant d'autres. Et quel défi!

Dans mes précédents articles, je parlais de la difficulté de trouver l'atmosphère juste et le style naturel pour illustrer des textes maintes fois racontés.
 
En m'interrogeant, par le dessin, l'attrait pour la ligne et la couleur, je réalise peu à peu que l'on peut traduire différentes ambiances, d'une manière particulière à chaque fois tout en conservant les grands lignes de son “style”. Après, il convient de s'adapter pour sans cesse être capable de se renouveler… Avant tout, il me semble important de parvenir à déterminer ce qui nous chiffonne dans le dessin, ce qui nous pousse à choisir tel outil, tel papier, telle couleur ou tel sujet… déterminer la “nécessité intérieure” qui conduit à l'acte de dessiner… Mais , je m'égare encore peut-être.  Quelques exemples accompagnés d'un texte libre.

La sorcière surgit de sa maison tout en sucre pour surprendre les petits gourmands qui lui boulottent son logis."  - Texte libre à partir du conte Hansel et Gretel
 
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Encre et aquarelle sur papier Ingres - 30 cm x 20 cm - 2007


"Monsieur Loup se pourlèche à la vue du délicieux petit Chaperon rouge. S'il savait, le pauvre"… - Texte libre à partir du conte Le petit chaperon rouge
 
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Encre et aquarelle sur papier Ingres -
20 cm  x 30 cm - 2007

"La belle et naïve Blanche-Neige craquera-t-telle pour l'étrange fruit que lui tend cette non moins étrange femme. "- Texte libre à partir du conte Blanche-Neige
 
Encre et aquarelle sur papier Ingres -
20 cm x 30 cm - 2007

Arbres imaginaires

Une feuille m'est tombée un jour sur la tête et je l'ai trouvée jolie. Pour la célébrer, j'ai décidé le jour d'après de consacrer du temps à des dessins sur le thème de l'Arbre.

Bienvenue dans ma nature imaginaire. Essais en images. 
 
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Coupes
Stylos et feutres sur papier vergé - 2007
 

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Le Pays froid
Encre de chine, aquarelle et feutre sur papier bristol -
20 cm x 20 cm -  2007
 

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Le Lieu polygone 
Encre, aquarelle et feutres sur papier aquarelle - 2008


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A travers les arbres
Fusain sur papier Kraft - 20 cm x 20 cm - 2008

jeudi 30 août 2007

L'oeuvre noire et blanche de Kara Walker


Intriguée par l' affiche vue dans le magazine gratuit Métro présentant l'exposition de la plasticienne Kara Walker, je me rends au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris, situé dans le 16ème arrondissement.



Je ne sais rien de cette artiste, à part qu'elle est afro-américaine, qu'elle est née en 1969 en Californie et qu'elle se livre à des singuliers photomontages. Je ne me renseigne pas vraiment dessus ; je préfère l'inattendu.. Mon Ennemi, mon Frère, mon Bourreau, mon Amour… tout un programme.

Rien ne me préparait à ce que j'allais voir. Pour l'artiste, des murs entiers ont été investis ; sur des mètres d'un blanc immaculé, s'étalent des ensembles de longues silhouettes noires découpées, entre fresques historiques et théâtre d'ombres immobiles. La finesse et la grâce de certains personnages me séduit en même temps que je ressens déjà devant cette première scène représentée une fascination morbide… Ici, sont rassemblés les principaux protagonistes d'une histoire qu'elle se propose de raconter : celle de l'Esclavage. Le maître, la belle, le soldat, la servante, des enfants qui sortent de partout et nulle part… Entre “primitivisme” et référence à la Colonne sans fin de Brancusi, c'est Endless Conundrum, An African Anonymous Adventures.

Plus loin, dans de petites salles rectangulaires, sont exposés esquisses, notes, dessins à l'encre, à l'aquarelle et la craie. Tour à tour exutoires, traces autobiographiques, réponses à ses détracteurs, provocations lancées envers les Blancs comme les Noirs ? Son œuvre dérange et reste controversée.

Au travers de sa négresse, l'artiste évoque la violence et l'ambiguïté des relations maîtres - esclaves. Non pour parler d'un passé révolu mais pour réécrire, ajouter une touche personnelle, lever le voile de la honte, dépoussiérer, bousculer, malmener les idées toutes faites véhiculées par certains films.


Sans concession, elle livre une vision obscène faite de défection, de suicide, de viols… Son oeuvre me gêne un peu à cause de son fort contenu sexuel… D'ailleurs, me voilà devant sa seconde réalisation en "wall over" : maîtres, esclaves, enfants se mêlent curieusement… Je fuis. Encore… 

Plus loin, des paysages abstraits projetés au mur et des silhouettes collées ouvrent sur un autre type de création plastique : les films d'animation. Là, elle conte et manipule par des baguettes les mêmes personnages, les mêmes silhouettes noires sur fond blanc. Ici encore, le regard n'est pas épargné : violence, cruauté, sensualité exacerbée… J'ai été surprise par la très grande simplicité de ces réalisations : le drap faisant habituellement écran entre le manipulateur et les personnages est ici si fin que l'on peut voir l'artiste parler et bouger. Comme si K. Walker affirmait sa tout “puissance” de créatrice mais en même temps son impossible retrait de la scène, son impossible anonymat ?

D'autres salles présentent son travail d'écriture de poèmes étranges, tels des cris de rage en prose, de textes de slam protestataires, milliers de mots lancés comme de multiples poignards. Vers qui ?

J'avoue n'avoir pas pu suivre la totalité des films d'animation qui, pour moi, n'étaient que des variations sur les mêmes thèmes : la sexualité forcée, la perversion, l'impunité de l'esclavage ainsi que le jeu de pouvoir. Partout des enfants : fruits de multiples incestes, d'adultères, de viols…

Je m'attendais naïvement à des photomontages façon Heartfield - que je ne dénigre pas entendons-nous bien! Et, je me suis retrouvée devant une œuvre dépouillée, extrêmement connotée, engagée, parfois drôle, souvent cynique…

Si cette exposition rend hommage au travail de l'artiste afro-américaine Kara Walker (collages, dessins, peintures, films d'animation, textes), elle actualise la question de l'Esclavage, celle des femmes et des enfants et relance le débat sur les liens Blancs-Noirs et Noirs-Blancs… peut-être?

En tout cas, il faut remarquer l'excellent travail de scénographie, les salles successives respectent la force des travaux de l'artiste. De même, on ne peut être insensible à la précision du détail, la maitrise du découpage et le savoir-faire graphique. On peut faire abstraction du message mais pas durablement.

Sur l'influence de son oeuvre
Sur l'exposition

L'exposition dure jusqu'au 9 septembre !
Bonne visite

mercredi 29 août 2007

Des messagers au Centre Georges Pompidou


Commencée le 6 juin dernier, l'exposition au Centre Pompidou de l'artiste contemporaine française Annette Messager m'a effrayée et séduite en même temps.


Elle débute dès l'entrée du Centre : alors que je faisais la queue pour acheter mon billet, j'entends comme un bruit de chute. Je me retourne et vois alors d'énormes formes comme des agrégats de membres divers, prisonniers d'un filet noir, tomber sur un sol recouvert de traversins, entre lesquels passe un petit mobile. La visite promet d'être singulière, à la hauteur de l'Oeuvre de l'artiste qui mêle avec fantaisie et étrangeté, art et science, choses intimes et expériences universelles…

Différents espaces présentent ses montages de pantins désarticulés, ses figures d'ombres chinoises, ses boudins-messages de tissus, mais aussi ses photographies-tatouages… Autant de facettes de la personnalité de cette plasticienne influencée par le mouvement surréaliste des Avant-gardes et par le mouvement féministe des années 1960-70.
Tour à tour, je regarde au plafond des pantins fous qui s'agitent, dans une vitrine des oiseaux empaillés, dans un espace clos des boules noires semblables à des araignées de cheveux arrachés qui volent, contre le mur des robes sous verre ou encore, par de petites “fenêtres “aménagées dans les murs, une collection de photographies, de dessins et de carnets amassés comme des souvenirs. 

Plus loin, je me retrouve nez à nez avec des figures noires, encore, étranges, objets fantastiques et à la fois familiers projetant des ombres au mur, semblables à des dessins esquissés au lavis…. Plus tard, je découvre dans une vaste salle des formes de tissus gonflées, que l'artiste appelle “Gonflés-dégonflés”, dizaine d'organes sexuels semblant se reposer et attirer la main. Ou encore, des mètres de satin rouge s'élevant et s'abaissant au rythme d'une respiration…

J'ai dû plusieurs fois résister à la tentation de toucher la matière qui recouvre là, un vieux Rocking chair, ou ici, une pile de livres et de peluches installés dans un équilibre fragile…. Oui, tout dans cette exposition paraît fragile, flottant, en suspension, délaissé…
J'ai été séduite par la diversité et l'originalité des installations comme celle constituée de crayons plantés dans un mur, qui, hérissé de pointes multicolores, paraît soudain très agressif. J'ai été très sensible à leur pouvoir évocateur, leur rondeur mais je n'ai pu réprimer certains frissons devant “les pensionnaires” et “la ballade des pendus” qui vous accueillent à l'entrée de l'exposition, ou face aux “articulés - désarticulés”, pantins hybrides composés de peluches. 

Les formes et les couleurs des objets cousus par Annette Messager me parlent d'une enfance douce et rêvée, mais aussi de peurs terribles, d'angoisses tétanisantes… J'ai découvert chaque nouvelle réalisation avec surprise, frayeur, délice et parfois inquiétude.

Mais tout cela est très personnel, allez vous-mêmes vous rendre compte sur place. L'exposition dure jusqu'au 17 septembre.

Pour quelques infos sur Annette Messager, vous pouvez consulter par exemple:

- le site de l'Encyclopédie libre
-un site libre consacré à l'artiste
-un site sur la Biennale de Venise 2005