jeudi 30 août 2007

L'oeuvre noire et blanche de Kara Walker


Intriguée par l' affiche vue dans le magazine gratuit Métro présentant l'exposition de la plasticienne Kara Walker, je me rends au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris, situé dans le 16ème arrondissement.



Je ne sais rien de cette artiste, à part qu'elle est afro-américaine, qu'elle est née en 1969 en Californie et qu'elle se livre à des singuliers photomontages. Je ne me renseigne pas vraiment dessus ; je préfère l'inattendu.. Mon Ennemi, mon Frère, mon Bourreau, mon Amour… tout un programme.

Rien ne me préparait à ce que j'allais voir. Pour l'artiste, des murs entiers ont été investis ; sur des mètres d'un blanc immaculé, s'étalent des ensembles de longues silhouettes noires découpées, entre fresques historiques et théâtre d'ombres immobiles. La finesse et la grâce de certains personnages me séduit en même temps que je ressens déjà devant cette première scène représentée une fascination morbide… Ici, sont rassemblés les principaux protagonistes d'une histoire qu'elle se propose de raconter : celle de l'Esclavage. Le maître, la belle, le soldat, la servante, des enfants qui sortent de partout et nulle part… Entre “primitivisme” et référence à la Colonne sans fin de Brancusi, c'est Endless Conundrum, An African Anonymous Adventures.

Plus loin, dans de petites salles rectangulaires, sont exposés esquisses, notes, dessins à l'encre, à l'aquarelle et la craie. Tour à tour exutoires, traces autobiographiques, réponses à ses détracteurs, provocations lancées envers les Blancs comme les Noirs ? Son œuvre dérange et reste controversée.

Au travers de sa négresse, l'artiste évoque la violence et l'ambiguïté des relations maîtres - esclaves. Non pour parler d'un passé révolu mais pour réécrire, ajouter une touche personnelle, lever le voile de la honte, dépoussiérer, bousculer, malmener les idées toutes faites véhiculées par certains films.


Sans concession, elle livre une vision obscène faite de défection, de suicide, de viols… Son oeuvre me gêne un peu à cause de son fort contenu sexuel… D'ailleurs, me voilà devant sa seconde réalisation en "wall over" : maîtres, esclaves, enfants se mêlent curieusement… Je fuis. Encore… 

Plus loin, des paysages abstraits projetés au mur et des silhouettes collées ouvrent sur un autre type de création plastique : les films d'animation. Là, elle conte et manipule par des baguettes les mêmes personnages, les mêmes silhouettes noires sur fond blanc. Ici encore, le regard n'est pas épargné : violence, cruauté, sensualité exacerbée… J'ai été surprise par la très grande simplicité de ces réalisations : le drap faisant habituellement écran entre le manipulateur et les personnages est ici si fin que l'on peut voir l'artiste parler et bouger. Comme si K. Walker affirmait sa tout “puissance” de créatrice mais en même temps son impossible retrait de la scène, son impossible anonymat ?

D'autres salles présentent son travail d'écriture de poèmes étranges, tels des cris de rage en prose, de textes de slam protestataires, milliers de mots lancés comme de multiples poignards. Vers qui ?

J'avoue n'avoir pas pu suivre la totalité des films d'animation qui, pour moi, n'étaient que des variations sur les mêmes thèmes : la sexualité forcée, la perversion, l'impunité de l'esclavage ainsi que le jeu de pouvoir. Partout des enfants : fruits de multiples incestes, d'adultères, de viols…

Je m'attendais naïvement à des photomontages façon Heartfield - que je ne dénigre pas entendons-nous bien! Et, je me suis retrouvée devant une œuvre dépouillée, extrêmement connotée, engagée, parfois drôle, souvent cynique…

Si cette exposition rend hommage au travail de l'artiste afro-américaine Kara Walker (collages, dessins, peintures, films d'animation, textes), elle actualise la question de l'Esclavage, celle des femmes et des enfants et relance le débat sur les liens Blancs-Noirs et Noirs-Blancs… peut-être?

En tout cas, il faut remarquer l'excellent travail de scénographie, les salles successives respectent la force des travaux de l'artiste. De même, on ne peut être insensible à la précision du détail, la maitrise du découpage et le savoir-faire graphique. On peut faire abstraction du message mais pas durablement.

Sur l'influence de son oeuvre
Sur l'exposition

L'exposition dure jusqu'au 9 septembre !
Bonne visite

mercredi 29 août 2007

Des messagers au Centre Georges Pompidou


Commencée le 6 juin dernier, l'exposition au Centre Pompidou de l'artiste contemporaine française Annette Messager m'a effrayée et séduite en même temps.


Elle débute dès l'entrée du Centre : alors que je faisais la queue pour acheter mon billet, j'entends comme un bruit de chute. Je me retourne et vois alors d'énormes formes comme des agrégats de membres divers, prisonniers d'un filet noir, tomber sur un sol recouvert de traversins, entre lesquels passe un petit mobile. La visite promet d'être singulière, à la hauteur de l'Oeuvre de l'artiste qui mêle avec fantaisie et étrangeté, art et science, choses intimes et expériences universelles…

Différents espaces présentent ses montages de pantins désarticulés, ses figures d'ombres chinoises, ses boudins-messages de tissus, mais aussi ses photographies-tatouages… Autant de facettes de la personnalité de cette plasticienne influencée par le mouvement surréaliste des Avant-gardes et par le mouvement féministe des années 1960-70.
Tour à tour, je regarde au plafond des pantins fous qui s'agitent, dans une vitrine des oiseaux empaillés, dans un espace clos des boules noires semblables à des araignées de cheveux arrachés qui volent, contre le mur des robes sous verre ou encore, par de petites “fenêtres “aménagées dans les murs, une collection de photographies, de dessins et de carnets amassés comme des souvenirs. 

Plus loin, je me retrouve nez à nez avec des figures noires, encore, étranges, objets fantastiques et à la fois familiers projetant des ombres au mur, semblables à des dessins esquissés au lavis…. Plus tard, je découvre dans une vaste salle des formes de tissus gonflées, que l'artiste appelle “Gonflés-dégonflés”, dizaine d'organes sexuels semblant se reposer et attirer la main. Ou encore, des mètres de satin rouge s'élevant et s'abaissant au rythme d'une respiration…

J'ai dû plusieurs fois résister à la tentation de toucher la matière qui recouvre là, un vieux Rocking chair, ou ici, une pile de livres et de peluches installés dans un équilibre fragile…. Oui, tout dans cette exposition paraît fragile, flottant, en suspension, délaissé…
J'ai été séduite par la diversité et l'originalité des installations comme celle constituée de crayons plantés dans un mur, qui, hérissé de pointes multicolores, paraît soudain très agressif. J'ai été très sensible à leur pouvoir évocateur, leur rondeur mais je n'ai pu réprimer certains frissons devant “les pensionnaires” et “la ballade des pendus” qui vous accueillent à l'entrée de l'exposition, ou face aux “articulés - désarticulés”, pantins hybrides composés de peluches. 

Les formes et les couleurs des objets cousus par Annette Messager me parlent d'une enfance douce et rêvée, mais aussi de peurs terribles, d'angoisses tétanisantes… J'ai découvert chaque nouvelle réalisation avec surprise, frayeur, délice et parfois inquiétude.

Mais tout cela est très personnel, allez vous-mêmes vous rendre compte sur place. L'exposition dure jusqu'au 17 septembre.

Pour quelques infos sur Annette Messager, vous pouvez consulter par exemple:

- le site de l'Encyclopédie libre
-un site libre consacré à l'artiste
-un site sur la Biennale de Venise 2005