vendredi 3 octobre 2008

Deux portraits : entre la fiction et le réel

Pris dans ma masse de travaux sur l'étude du caractère, deux portraits griffonnés à partir de modèles, entre personnage de carnet de voyage et personnage de fiction.
 
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Une femme du Yémen assise. A partir d'une photographie en couleur.


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Portrait expressif d'Hannah
Elève de l'école municipale des beaux-Arts de Saint-Ouen

J'ai commencé à dessiner Hannah sans y penser.  

J'aimais la voir jour après jour, se préparer à peindre ses petites huiles un peu moches, dans un style tremblé, sur lesquelles elle semblait exprimer toute sa vie intérieure et son histoire. C'était une sorte d'attraction. Elle apportait son attirail de peinture et de dessin dans un petit caddie à roulettes, elle se mettait dans un coin et commençait son tableau sans se préoccuper de l'agitation de l'atelier. Elle peignait des petits portraits au contours si flous qu'ils paraissaient grimacer ou pleurer au lieu de sourire. Elle peignait aussi de petites natures mortes affreuses à souhait car pleine de matières picturales posées maladroitement au pinceau et au couteau. Elle faisait cela dans un respect des proportions ou des règles de composition et une concentration plus entêtés qu'artistiques. Mais elle avait un goût assuré pour les contrastes de couleurs et mariait naturellement entre eux des tons improbables. Penchée ainsi sur son petit ouvrage posé sur un chevalet de table, elle avait un air de personnage de bande dessinée ou de livre pour enfant. Sous le crayon qui cherchait à la représenter telle qu'elle était, apparut un personnage imaginaire, cocasse, tronchu, bossu que j'eus un peu honte de montrer une fois terminé. Par respect, je me forçai à le faire m'attendant à être moquée. Elle ne se reconnut pas. Elle dit qu'elle était plus jeune. Elle dit qu'elle n'avait pas les yeux si petits ni la bouche rentrée comme si elle n'avait plus de dents dans la bouche. Elle en avait des dents dans la bouche. Et pourquoi elle n'avait pas de bras  ni de poitrine ? Non, vraiment, le portrait n'était pas ressemblant, le portrait était raté. Je lui dis comme pour me défendre que j'avais dessiné le personnage qui se cachait à l'intérieur d'elle. Elle me regarda avec curiosité. 

Après cela, je n'essayai plus de croquer mon voisin. 

En tout cas, j'avais et j'ai encore pour ce petit portrait rapidement réalisé à partir d'un modèle qui bougeait sans cesse, un peu gêné d'être regardé, cherchant à fuir presque, une sorte de tendresse.

mardi 30 septembre 2008

On est tous des Martyrs, Monsieur Laugier ?



Quand je suis sortie du cinéma, j'avoue que je ne me sentais pas très bien. Je ne suis pourtant pas une âme trop sensible et au niveau cinéma, je suis suffisamment éclectique pour accepter tous les genres et toutes les histoires. En plus, je suis plutôt bon public, je trouve toujours de bons côtés à une création, là où ma moitié se montre parfois plus catégorique (et vice et versa.) D'ailleurs, en parlant de ma moitié, il n'a pas voulu s'exprimer - c'est dire! - tant il s'est senti floué.


Vous savez, je suis comme pas mal de personnes : quand on m'interdit quelque chose, je m'empresse de le faire en y mettant tout mon coeur. Pire, de mauvaise foi, même si l'expérience s'avère être un échec cuisant, je sais comment ne pas perdre la face. Donc, forte de mes convictions et drapée dans mon ouverture d'esprit de cinéphile enthousiaste, je vais voir le dernier film de Pascal Laugier, produit par Richard GrandPierre à qui on doit notamment Meurtrières (Coeurs, âmes et esprits sensibles, prenez garde !)

Mais là, je dois admettre que je suis très mal. J'ai horreur en effet de donner raison aux autres, les comités de censure, la critique sous toutes ses formes…

Bon, j'ai assez fait durer le suspense. Pourquoi Martyrs passe mal, alors que j'ai, par exemple, apprécié même à rebours Calvaire de Fabrice de Weltz et trouvé intéressant A l'intérieur d' Alexandre Bustillo ? Martyrs part d'une idée comme une autre, la définition du terme martyr(e) en lui même: martyr(e) veut dire témoin. Autour de cela, se développe une intrigue qui tourne autour de deux jeunes femmes interprétées brillamment par Morjane Alaoui (Anna) et Mylène Jampanoi (Lucie). 

Lucie est placée dans une sorte de foyer pour enfants à problèmes après avoir subi violences et séquestration. Asociale et violente, elle est solitaire, jusqu'à ce qu' Anna la prenne en amitié. Lucie semble guérir en taisant ses supplices passés. Mais, une bête hurlante vient la mutiler pendant la nuit. 15 ans plus tard, Lucie, le visage et le corps couverts de multiples cicatrices, la haine, la colère et l'incompréhension dans les yeux vient régler ses comptes. 

Elle connait l'identité de ses tortionnaires. La manière est radicale, brutale, sans merci. Elle est bientôt rejointe par sa seule amie qui découvre l'horreur de la scène. Jusque là tout va bien. L'image est maîtrisée, l'introduction met l'eau à la bouche, les comédiennes sont stupéfiantes.

Je me cale dans mon fauteuil, et j'attends la suite… un peu mal à l'aise… Car la violence du règlement de compte me saute au visage et claque dans mes oreilles encore longtemps après.
Le film se poursuit, la violence s'intensifie. Mais l'image persiste à être belle… Et à un moment, (je ne vous dirai pas lequel, pour ne pas gâcher le plaisir de ceux qui voudront aller voir le film) le scénario dérape. 

Les fondus au noir rendent interminable une violence répétitive et cruelle : comme la comédienne, je suis couverte de sang, j'ai des bleus innombrables, je ne peux plus parler, je n'ai plus aucun espoir de survie… Les scènes de tortures s'éternisent. J'ai la conviction que toute cette violence mène quand même quelque part, alors je m'accroche et regrette toutefois de n'avoir pas picolé un peu avant la séance. J'ai mal au ventre, j'ai des plaies béantes sur les bras, une tête de femme battue à mort par son mari, assise honteuse devant l'oeil froid d'un fonctionnaire de Police. Je suis la petite fille ramenée d'urgence à l'hôpital pour une chute dans l'escalier. Vous me suivez ?

Enfin, viennent quelques explications. On comprend mieux mais pas tellement. Les 50 premières minutes m'ont conditionnée. Je m'attendais à autre chose, de plus fantastique, de plus viscérale, et surtout de plus finement amené. Comment faire passer un message fort, crédible, pertinent après de telles images? Y en a-t-il un au fait, de message? Mais pourquoi chercher un message quand il n'y en a pas ?!… Et cette photographie qui s'obstine à être magnifique! Les motivations restent ignobles car Pascal Laugier a oublié de les aborder avec la force qu'il a utilisée pour évoquer les moyens.

Un peu déçue…  J'ai assisté à quoi en fait?

Du coup, je ne peux m'empêcher de penser au cinéma de genre (français mais pas seulement) et au cinéma d'une manière générale. Peut-il tout se permettre? La violence à outrance, l'exacerbation de la rétine du spectateur compatissant, par un choc visuel qui devient forcément mental… Alors que nous vivons une période où conditionnés par les médias, nous sommes devenus “indifférents” à la violence quotidienne, aurions-nous besoin que l'art reproduise des chocs émotionnels par l'image et le son, seuls capables de nous faire prendre du recul sur la réalité ? 

Le cinéma devrait avoir le bénéfice de sa propre nature, n'être qu'une transcription d'un genre de réalité, déformée par l'écran, les cadrages, mis en scène par les “névroses” de chaque réalisateur, donc forcément partial ? Le cinéma de genre doit-il faire son lit sur la banalisation de la violence et le reality show ?… Quel recul prendre sur les images filmées par Laugier alors que tout parait si réel?  Quel discours mettre en place ? S'agissait-il d'un divertissement pervers ? Sommes-nous devenus des spectateurs “ pervers ? Je vais loin , là…

Plus brièvement, le cinéma contemporain cacherait-il le manque de scénario sous des effets de manches, je veux dire d'effets spéciaux ? C'est vrai que nous sommes habitués à voir de la violence au cinéma. Je citerai par exemple Rec de Jaume Balaguero, Hostel d'Eli Roth, La Colline à des yeux d'Alexandre Aja, Devil's Rejects de Rob Zombie, Saw de James Wan, Old Boy de Park Chan Wook, Audition de Takahashi Miike, Trouble Every Day de Claire Denis, Requiem for adream de Darren Aronofsky…) 

Il me semble qu'ici la violence sert un dessein clair, justifié ou non, là n'est pas la question. Nous sommes aussi habitués à des scénarios qui se tiennent, quelque soit le genre cinématographique. 

A ce propose, j'ai particulièrement aimé pour cela Dante 01 de Marc Caro, Juno de Jason Reitman, La sciences des rêves de Michel Gondry, Le labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro, The Fountain de Darren Aronofsky, 36 Quai des orfèvres d'Oliver Marchal, Shutter de P. Wongpoom et B. Pisanthanakun, Les neuf reines de Fabian Bielinsky, Mullholland Drive de David Lynch, Memento de Christopher Nolan, Usual Suspects de Brian Singer, La leçon de Piano de Jane Campion … Chacun attend, je crois, que chaque film soit une expérience intime, drôle, éprouvante, moralisante, singulière…

Devant Martyrs, j'ai ressenti une peur viscérale puis un grand vide. Comme une difficulté à me situer… De vous à moi, ce n'est pas franchement bon signe.

Alors après ce petit commentaire gentillet mais qui donne le ton, si vous souhaitez voir ce film, buvez un coup avant ! Parce que si le but de Pascal Laugier était de faire un film de violences, c'est réussi, mais quel dommage!

Ma moitié s'en mêle finalement et vous dit : si vous voulez voir un film un peu glauque mais vraiment réussi, préférez plutôt Surveillance de Jennifer Chambers Lynch.

lundi 23 juin 2008

Illustrer la Fête de la Musique

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Etudes de musiciens au feutre
 
Je vois la Fête de la musique comme un évènement qui permet aux musikos de tous bords de jouer leur répertoire ou celui des artistes qu'ils admirent. Les villes se transforment alors en boîtes de nuit de plein air, en cabarets sympathiques, ou en immenses dance floors.
 
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Etudes d'un danseur - Encre de Chine et lavis
 
Chacun oublie son manque de rythme, sa patte folle ou tout simplement sa timidité pour danser, s'amuser et rencontrer autrui. Et, quand la météo est au rendez-vous, quelles bacchanales en perspective!
 
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Sarabande et fanfare
Aquarelle, encres Colorex et crayon sur papier Posada - 27 cm x 39 cm
 
Dommage que cette fête ne dure qu'un jour. Nous aurions bien besoin de musique dans nos rues parisiennes et ailleurs, plus souvent !