mercredi 28 octobre 2015

Journée internationale de la langue et de la culture créoles

Poupées de fête

Voici la composition que j'ai réalisée pour la Journée internationale de la langue et de la culture créoles, fêtée  dans le monde depuis 1982, grâce à l'initiative d'Eritaj', association pour la valorisation des langues et des cultures créoles. Avec ses 13 millions d'hommes et de femmes, la communauté créole est répartie un peu partout sur le globe : dans l'espace caribéen, antillais, l'Océan Indien, en Europe et en Amérique du Nord. Cette journée est l'occasion pour les diasporas créoles d'échanger sur leur situation. De plus, elle  favorise le rapprochement des communautés créoles autour de la pratique de la langue

Le créole est au départ un parler régional issu de plusieurs mélanges et transformations opérés entre la langue des esclaves originaires d'Afrique, la langue des colons (espagnols, français, anglais) et celle des populations natives. Riche de variations d'une population à l'autre, ancrée, elle forme un dialecte, une identité.

Cette illustration s'inspire à la fois de la poupée créole telle qu'on peut la rencontrer à la Réunion, dans les Antilles françaises ou en Haïti et du tissu de madras, étoffe de coton à motifs colorés qui sert surtout dans la confection de vêtements de la vie courante. 

Les cinq figures reprennent les cinq parties du monde où se rencontre et se pratique la culture et la langue créole. Le parti pris graphique choisi ici vient chahuter mes petites habitudes de dessin  confortables mais s'appuie, malgré tout, sur un style centré sur un dessin au trait, en noir et blanc et qui met en scène principalement un ou deux personnages féminins. Ma recherche en illustration se plaît à mêler pour cette occasion nouveautés et "automatismes":

- Utilisation de plusieurs outils graphiques. Le feutre de couleur, le crayon de couleur, le feutre fin noir et le feutre pinceau.

- Jeu de motifs décoratifs libres souvent composés d'éléments floraux, de formes géométriques et de surfaces colorées plus ou moins grandes et régulières.

- Diversité des modèles liée à mon intérêt pour les mélanges ethniques et l'envie de représenter des groupes.

- Référence très personnelle à l'univers de la mode et du film d'animation. Afin de rompre avec une représentation trop frontale et manquant de dynamisme qui peut être l'un de mes "écueils", je me suis servie de l'ouvrage "Le dessin de mode, du croquis à la création" de Dominique Savard, paru aux éditions Dessain et Tolra. 

© ema dée

vendredi 23 octobre 2015

La charmante torture de l'écriture sous contrainte

L'écriture sous contrainte ? Lue comme ça, l’idée paraît effrayante, douloureuse. Elle peut l’être ; l’écriture peut être douloureuse, en particulier si elle a lieu dans des conditions particulières, imposées, antinaturelles, je veux dire, qui vont à l’encontre de ce que vous avez l’habitude de faire et d’écrire.

A ne pas confondre avec « l’écriture sous la contrainte » qui, il me semble, contient un élément de violence et de sujétion dont il ne serait être question ici.

L’écriture sous contrainte ou à contrainte a une histoire*. Il ne s’agit pas d’un exercice inventé récemment par des professeurs en Création littéraire fous, ou d’une punition imaginée par des animateurs d’ateliers sadiques et complètement dézingués, ou encore, d'un passe-temps imposé par des écrivains en mal d’imagination. L’écriture sous contrainte,  c’est produire du texte à partir d’un cadre donné, identifié et posé, un peu comme une consigne scolaire, posé donc de telle sorte qu’il doit provoquer quelque chose en soi. Soit on plonge, soit on se rebiffe, soit on contourne, tout reste permis. Le but de ce cadre est de stimuler la création en vous obligeant ou en vous incitant – prenez la situation qui vous fait le moins de mal – en réfléchir davantage à ce que vous êtes en train d’écrire. L’exercice vous poussera à faire attention à ce que vous produisez quand vous écrivez, à déplacer votre pratique habituelle dans un lieu inconnu et à réveiller ce monde sauvage qui se cache en vous et qu’on appelle l’inconscient. Il y a des contraintes faciles à suivre et d’autres dans lesquelles il est souvent malaisé de se glisser. L’écriture sous contrainte peut concerner un thème, un genre d’écriture, une formule, un rythme, un lieu ou une action.

Dans le cadre de mon année de Master Lettres et Création littéraire contemporaine, je me suis frottée à plusieurs genres de contraintes d'écriture. D’une part, indirectement lorsque j’ai été amenée à rédiger des textes sur des sujets inconnus, dans une forme donnée. Par exemple : étudier une œuvre littéraire ou artistique au regard d’une question (ou d’un fait social, historique). D’autre part, directement, à travers mes ateliers d’écriture. Je souhaite vous parler plutôt de ceux-là aujourd’hui. Je consacrerai des articles à la question de l’étude d’une œuvre au regard d’une question prochainement.

Quelles contraintes ? En voici quelques-unes :

*Atelier A partir des formes brèves - Yves Ouallet, professeur agrégé de Lettres Modernes et Maître de Conférences - Université du Havre :

Dans cet atelier sont proposés des exercices de souplesse et d'articulation littéraires à pratiquer au quotidien : écrivez une phrase brève tous les jours. Écrivez quotidiennement un aphorisme. Écrivez chaque jour une phrase poétique. Faîtes parler un portrait. Choisissez un tabou que vous nous ferez deviner grâce au texte que vous aurez écrit sur lui. Écrivez avec/ sur une musique (ou en musique). Écrivez à partir d’un lieu surélevé propice à la méditation. 

*Workshop d'écriture  A partir d’un livre ou d' un(des) extrait(s) -  Jean-Michel Espitallier, écrivain et poète - École Esadhar : 

Jean-Michel Espitallier présentant sa pratique d’écriture littéraire - poétique, performative, documentée, expérimentale - nous suggère des directions de recherche :
La liste : contrainte qui consiste à dresser des inventaires de choses. Toutes celles dont vous avez envie. Les organiser.
La répétition : il s’agit de répéter un mot, un groupe de mots, toute une phrase pourquoi pas ! et de les compléter pour qu’à la lecture écrite et/ ou orale, cette répétition prenne du sens.
Le cut-up : technique (ou genre) littéraire "popularisée" par William S. Burroughs procédant par "découpe en fragments aléatoires". Il s'agit de prendre des passages du même texte ou de textes différents et  d'organiser des rencontres entre ces passages. Le hasard et l'aléatoire sont ici très importants. Le cut-up peut s’intéresser à des mots, à des phrases, qu’il faudra ensuite combiner pour composer une autre phrase, tout un texte. Distinct du collage, le cut-up a pour but "la quête exploratoire de l’inconscient".
Les notes de bas de page : le texte se précise, se poursuit, se dédouble dans les notes qui peuvent faire l'objet d'une présentation particulière.

*Workshop Ecriture et MusiqueOlivier Mellano, musicien, auteur compositeur, guitariste - Fort de Tourneville :

En suivant la dose prescrite, c’est-à-dire une posologie d’un à deux exercices à contrainte par heure, il s’ouvrira dans votre maison - écriture un monde non familier à explorer. Un univers musical, profondément poétique, étranger à la référence figurative. Si vous pouvez.
Exemple d'exercice : résumez en une seule phrase votre plus grande émotion musicale, sans parler de musique, mais de l'effet qu'elle a sur vous. 15 minutes. Vous êtes prêt ?


Limites/ Approfondissements

Que fait-on quand la contrainte est mal vécue ou simplement pas comprise ? Tout le monde autour de vous écrit sous l’effet d’une soudaine inspiration. De ce genre d’inspiration d’autant plus gênante qu’elle se manifeste juste sous vos yeux. La page de votre carnet ou l’écran d’ordinateur reste blanc. Tiens, vous n’aviez pas remarqué ces mouches de papier collées en cercle au plafond !

Au cours de mes ateliers et mes workshops, j’ai rencontré évidemment des difficultés.  Exercice trop éloigné de ma pratique ou de mes interrogations. Cadre temporel contraignant. Sujet en dehors de mes préoccupations du moment. Incompréhension de la consigne. Frustration et méfiance vis-à-vis du texte produit consécutif à un sentiment de perte de repères. Panique liée à un contexte d’écriture non familier… Ce malaise est assez naturel. Je le trouve d’ailleurs plutôt sain ; le corps, le cerveau, cherchent à expulser l’élément parasite comme ils peuvent. A la différence d’une maladie grave, l’écriture sous/ à contrainte est un mal curable ! Et comme je l’ai dit plus haut, à chacun sa stratégie de guérison : évitement, confrontation, hors sujet… Quelqu’un m’a dit un jour concernant un sujet imposé qui me donnait des maux de tête : «  Soit le sujet s’adapte à ta pratique, soit tu adaptes ta pratique au sujet ». Oui, j’en conviens, il y a quand même une forme de sadisme qui transpire de cette forme de création. Pourquoi chercher à se faire du mal au cerveau ?

L’écriture sous contrainte peut être ce grand écart impossible à réaliser.

Peut-on appliquer la formule à d’autres arts ? Bien sûr ! C’est très courant chez les artistes plasticiens (peintres, dessinateurs, performeurs), en Bande dessinée, en Création multimédia… Dans ma pratique artistique, je me pose régulièrement des contraintes. Ça me rend créative. Quand j’ai commencé à peindre, je voulais expérimenter des outils, des supports ou des formats différents, en dehors de tout sujet figuratif. Je me suis fabriquée des cadres. Ça n’a pas duré très longtemps car je trouvais cela ennuyeux. A ce moment-là, je n’en voyais pas l’intérêt ni le lien avec ma pratique. Et c’est là un point fondamental : la contrainte accompagne-t-elle le désir d’ouverture d’une pratique déjà en place ou s’agit-il d’un exercice mené en parallèle par simple goût de l’expérimentation et du jeu ? En dessin, parce que ce mode d’expression me convient mieux aujourd’hui, m’imposer une contrainte s’est avéré plus facile. En outre, j’ai ressenti très vite les bienfaits sur mes productions. Grâce à la « contrainte » je me focalise en quelque sorte sur des questions particulières que ma pratique régulière effleure ou écarte volontairement ou pas. Je fais une pause, je m’écarte de mes habitudes, je mets à mal mes automatismes et mes propres formatages... C’est un laboratoire qui permet de se découvrir. Mon conseil : à pratiquer régulièrement !

Où trouver des exemples de contraintes ? Dans vos manies, vos propres textes, dans vos références, chez les autres…  Une confidence : j’ai tendance à dire plusieurs fois la même chose dans une conversation. Sous le coup de l’émotion, d’un besoin de persuasion, d’une tendance obsessionnelle à la rumination bovine. A chaque fois, j’ai l’impression de m’être mieux expliquée ou de faire une grande révélation. Ce qui est rare au fond et la première fois, la première version, le premier élan était suffisant, tout le monde m’avait comprise, entendue, enregistrée. Vous me suivez ? Du coup, il peut être intéressant pour moi de travailler la répétition (mot ou phrase) ou l’exercice de style consistant à donner différentes versions – assumées, conscientisées – d’une même histoire. Et regarder ce qu’il se passe. Un exemple ici.

* Un peu d'Histoire : L'Oulipo ou Ouvroir de littérature potentielle, créé officiellement en 1960 par le mathématicien François Le Lionnais dit FLL et l’écrivain et poète Raymond Queneau dit RQ, reste la référence de l’écriture sous/ à contrainte. Groupe de réflexion et de création rassemblant des littéraires et des mathématiciens, il s’intéresse à l’invention des contraintes nouvelles et anciennes, ardues ou faciles - toujours ludiques cependant. Car il faut libérer l’écriture du carcan de l’habitude, de la recherche esthétisante creuse ou artificielle. Pour ce faire, il convient de travailler autour de la lettre, donc de la syllabe, donc du mot, donc de la phrase, donc du paragraphe donc du texte donc du récit, donc du livre... Vous êtes toujours là ?

Pour ruminer dans votre coin, quelques références connues parmi des milliers :

Pef, Le Dictionnaire des mots tordus, éd. Gallimard, coll. Folio, 2004. Lecture enfantine.
Thierry Dedieu, 27 poules sur un mur, éd. Seuil Jeunesse, 2002. Épuisé malheureusement, mais qu’on peut se procurer en bibliothèque notamment.
Mark Z. Danielewski, La maison des feuilles, éd. Denoël, 2000.
Kathie Acker, Sang et stupre au lycée, éd. du Rocher, coll. Désordres L. Viallet, 2005.  Pour lecteurs avertis.
Oulipo, La littérature potentielle, Créations Re-créations et Récréations, éd. Gallimard, 1973 (1ere édition)
Raymond Queneau, Exercices de style, éd. Gallimard. Existe en version beau livre et en poche.
La chanson " Salut à toi "  interprétée par le groupe punk Bérurier noir. Album : Concerto pour détraqués, 1985. (Pensez à cliquer sur le titre de la chanson et le nom du groupe).

A bientôt !
La plage du Havre par temps clair, frais et sec.
© ema dée

jeudi 15 octobre 2015

L'entretien d'embauche ou La cérémonie

Est-ce que tu t'es bien préparée au moins ?  

Oui ? On dirait pas... Je sens que tu vas bafouiller dès le début de l'entretien, tu bafouilles toujours dans les moments importants... Je TE connais... Tu as mis ton CV et ta lettre de motivation dans une chemise ? Fais voir le CV. C'est pas celui-là que tu leur as envoyé, j'espère ?! La photo là, c'est pas terrible, c'est une Photomaton, combien de fois, ma pauvre enfant, t'ai-je dit d'aller chez le photographe dans le bas de la rue, c'est un ami, il travaille bien. Tu as l'air d'une pauv' chose sur ton CV ! Comment ça, c'est une amitié qui vaut cher ? Mais ce photographe est un artiste, il faut bien qu'il mange ! Bon, passons, en regardant vite, on voit pas que tu as l'air déprimée derrière ton sourire rose bonbon. La chemise, est-ce qu'elle est en bon état ? Montre. C'est pas une chemise en bon état, ça... Regarde, elle est abîmée aux angles, et puis, il y a une tache là, à l'intérieur, ça fait négligé. On la voit que quand tu l'ouvres ? Peut-être, mais quand on l'a vue une fois, même furtivement, on ne pense qu'à ça. Il ne faut pas qu'ILS pensent à la tache qui se cache à l'intérieur de ta chemise aux angles rongés par les rats, il faut qu'ILS soient concentrés sur toi, sur ce que tu leur dis, sur ce que tu peux leur apporter... Avec une tache cachée, ILS peuvent penser n'importe quoi... Par exemple,  je n'sais pas, que tu es une sournoise qui bâcle son travail quand les patrons ont le dos tourné. Tu vois. Change la chemise. VA acheter une nouvelle chemise, et pas rouge, trop agressif, une bleue ou alors une noire, c'est classique... passe-partout. Tu détestes le noir et tu ne veux pas être "passe-partout" ?! Tu plaisantes, ma fille, tu crois qu'ILS recherchent des originaux. Tiens, je te passe LA chemise qui m'a fait décrocher l'emploi de ma vie et qui est im-pec-ca-ble, sans tache, nickel. Voilà, voilà... A qui on dit merci pour le coup de main ?  As-tu prévu de leur montrer de quoi tu es capable, tu a préparé un laïus, tu as pris ton book, tu as sélectionné des textes, tu as pris tes lettres de recommandation, tu as prévu de leur laisser un petit quelque chose pour qu'ILS se rappellent de toi, voyons... comme une brochure agrafée pour montrer que tu maîtrises le Pack Office, la PAO et la reliure simple ?


Comment ça prend du temps ? Tu leur as déjà envoyé un mail avec des liens sur ta prod'... Déjà un, tu vas arrêter de parler comme ça, prod'... tu veux qu'ILS pensent que tu débarques de ta banlieue... Et puis deux, tu crois qu'ILS ont le temps d'aller surfer sur tes trois blogs d'écriture, ta vitrine graphique, ton book en ligne et tes cinq autoéditions ?... Non, ILS n'ont pas le temps, non, ILS sont trop occupés, bien sûr... Donc, là, il est 22 heures, ton rendez-vous est dans douze heures, tu peux préparer un truc vite fait, tu as le temps, tu maîtrises, du nerf !... Et tu vas t'habiller comment... C'est sur la chaise... Seigneur non ! Pas ta veste déformée et élimée aux coudes. Tu attends encore que je mette des empiècements comme promis... Et tu crois que j'ai que ça à faire, coudre des empiècements sur une veste achetée aux Puces que tu te traînes comme une couverture depuis cinq ans ! Ah, c'est une veste collector... Tu plaisantes, tu vas pas à une concentration de geeks, c'est un entretien d'embauche ! Prends la veste grise. Prends la veste grise. PRENDS LA VESTE GRISE, je te dis. Elle te gratte ? Mais pourquoi tu l'as achetée ? Ah, c'est un cadeau... Et la veste verte qui te fait de belles épaules, volontaires, qui inspirent la confiance et tout le toutim, elle est bien celle-là ?!... Dis, tu vas pas mettre cette robe, elle te moule, il te faut quelque chose de "neutre" qui montre que tu es là mais que tu ne viens pas faire de la concurrence, imagine si ILS sont ELLES, tu sais comment sont les femmes qui ont un petit pouvoir ? Oui, tu as vécu avec moi pendant toute ton adolescence, complètement terrorisée, là n'est pas la question. Bon, tu as l'intention de porter ces boucles d'oreilles en toc ? Et ces chaussures moins qu'ordinaires ?... Non rien, bah non...  Je me tais puisque je suis une mère autoritaire... Mais, SACHE que je fais ça pour TON BIEN, je veux pas que ma petite fille se couvre de ridicule demain à son entretien d'embauche parce qu'elle s'est pas préparée... ILS vont de manger toute crue si tu n'anticipes pas, si tu ne réfléchis pas à l'avance aux questions qu'ILS vont te poser, si tu t'esquives, si tu hésites... Comment ça, je te mets la pression, comment ça, tu as les mains moites, comment ça, tu vas pas y aller, comment ça c'est pas grave si tu restes demandeur d'emploi encore quelque temps, histoire de régler des trucs avec toi-même ! Quels trucs avec toi-même ? Le seul truc à régler, c'est cette épouvantable coiffure, où sont tes bigoudis ?!... Tu devrais profiter de mes conseils pendant que je suis encore vivante... Quand je serai morte, qui est-ce qui va s'occuper de toi ? Tu ne SAIS pas t'occuper de toi... Tu n'as jamais su...  Quoi ?...  Je te gonfle ?...   

Ces bigoudis, ma chérie, quand même, quelle infamie !

(Mise en scène d'une discussion bienveillante qui aurait pu avoir lieu).

© ema dée

dimanche 11 octobre 2015

Quand le chat est parti, que font les souris ?

Basilique de Poppo (a. 1031) avec fenêtre double.
Ed. A. Cartel - Trieste

"Je me rappelle ma 4ème B.

On avait appris qu’on n’avait pas cours l’après-midi. Professeure d’allemand absente. Encore une fois, on commençait à avoir l’habitude, on s’était rapidement adaptés : ralentissement ou absence totale de préparation de nos cours de langue, on attendait la dernière minute pour apprendre par cœur déclinaisons et vocabulaire, soutenus dans nos efforts pragmatiques par de multiples antisèches pour prévenir une éventuelle défaillance durant les interrogations, plus fréquentes dans ce cours que nulle part ailleurs. La situation se corsait quand il s’agissait d’avoir fait - et correctement fait - la traduction d’un texte pris dans le manuel scolaire d’apprentissage de la langue allemande niveau 4ème-3ème. L’exercice de traduction en Allemand était vécu comme une épreuve, pire une punition, impossible de tricher ou d’inventer, le couperet tombait sur n’importe qui, chacun souhaitait en silence et la tête rentrée dans les épaules, qu’il ne tomberait jamais sur soi, le couperet, qu’il tomberait toujours sur le voisin d’à côté, de derrière, de devant, bien plus doué et plus malin que soi, forcément. Epreuve punition car le texte sans intérêt ni logique révélait un monde factice. Tout le monde y était tout sourire ou faussement triste ou exagérément ennuyé, affichant dans toutes les situations cet air naïf et niais. Les conflits de fratrie étaient inexistants, les brouilles de couple itou, les situations décrites artificielles – on tournait les pages dans l’espoir vite déçu de tomber enfin sur l’épisode croquignolet, le secret de famille dramatiquement révélé, pouvoir assister à l’éclatement de la cellule familiale parfaite ou au règlement de compte sanglant et vulgaire entre frère et  sœur, enfin cette faille, cet accident, ce dérèglement qui nous l’aurait rendue plus sympathique ou plus réelle. Et parce que et de deux, c’était une famille qui vivait, dans nos livres loués au début de l’année scolaire, une existence de papier teintée à la gouache et à l’aquarelle, complètement tarte mais c’était en allemand, l’épreuve, on le comprend, était de taille, le supplice grand, tout concourrait à nous faire détester ce cours. Nous nous agitions sur nos chaises, nous faisions les guignols en répondant en anglais – ou en latin pour les plus brillants ou ceux qui avaient une meilleure mémoire que les autres. 


Par provocation puérile mais surtout par ennui.

Cette absence de professeur signifiait que nous étions livrés à nous-mêmes après la cantine. Libérés, parfois un peu désœuvrés, paradoxalement : qu’allions-nous pouvoir faire de tout ce temps donné gratuitement ? Plusieurs solutions alors s’offraient à nous pour organiser ce temps libre, inespéré, inattendu. Rentrer chez nous et faire nos devoirs devant la télé tout en écoutant la radio NRJ, Skyrock ou Radio Nova ? Certains avaient opté pour cette solution et avaient sauté la case cantine sans en parler à personne. Ou alors, rester en permanence ou en bibliothèque pour étudier en petits groupes comme nous l’avait recommandé - une fois, deux fois, des centaines de fois pour le salut de "vos esprits" et "l’enrichissement de votre culture et de votre savoir-faire personnel" ! - notre professeure principale. On ne travaillait jamais assez, on était des faignants, des partisans du moindre effort selon elle. Comment espérer s’améliorer si on passait notre temps à faire uniquement ce qui nous était demandé, pas plus et surtout, souvent à vrai dire, bien moins ?  Enfants chahuteurs mais dociles, tous tenaillés malgré tout par le désir de réussite dans le secret de nos chambres, on se devait de travailler. Il fallait pour ce faire choisir le bon lieu, le lieu qui nous motiverait, car on était vite distraits, vite découragés, vite appelés à faire toute autre chose. D'idiot. D'inconséquent.

Trois solutions se présentaient à nous. Un, étudier en salle de permanence. Imaginez une grande pièce longue et monotone, avec ses tables alignées géométriquement les unes derrière les autres devant un bureau austère, posé sur une estrade en bois et un grand tableau noir sans originalité, avec entre les deux, le surveillant, personnage mystérieux et asexué, préoccupé davantage par ses propres petites affaires qui gonflaient son sac fatigué que des nôtres et qui aboyait pour avoir le silence quand il entendait grincer seulement une chaise. Non merci ! Deux, se retrouver entre copains à la bibliothèque. La perspective était toujours alléchante : tables tondes pour collégiens friands de travail en comité intime, chauffeuses pour lecteurs silencieux de fictions illustrées,  tables et chaises dans les coins pour les antisociaux ou les graines de voyous régulièrement mis en colle. Perspective agréable malgré les sautes d'humeur de la bibliothécaire-documentaliste. Trois,  aller chez l'un d'entre nous. Mais qui ? Qui avait une maison ou un appartement assez grand pour tous nous accueillir ? Qui voulait prendre le risque de tous nous rassembler - sans surveillance - en un seul lieu ?

Avec ceux qui restaient - les meneurs, les hésitants, les indécis, les suiveurs, les prêts pour l'aventure et les cancres de service - il fallut tenir un conseil. 15 copains en grappes échangèrent des idées buissonnières dans la cour..."

© ema dée

mardi 6 octobre 2015

De l'effort



A défaut de faire très bien, il faut faire tout de même.

(Extrait de mes phrases brèves, 2014-2015)

© ema dée

jeudi 1 octobre 2015

45 minutes devant le Socle du Monde de Mona Hatoum, 1992-1993


Lucius dormit mal ce soir-là. Il eut chaud de manière anormale dans sa petite chambre de bonne installée sous les toits d'un immeuble de la rue de l'Hermet dans le 9ème arrondissement et dans son petit lit modestement recouvert de deux couettes un peu fines achetées depuis des lustres par sa mère et qu'il conservait par devoir filial. Qu'il eut chaud était surprenant, car d'habitude, il faisait plutôt frais dans sa mansarde louée meublée et les yeux de la tête en plus ! Malgré les excès poussifs et brûlants du chauffage sur roulettes que Lucius baladait partout derrière lui, il était souvent mal à l'aise dans cet intérieur d'étudiant en troisième année de Géographie aspirant à la Cartographie. Il dormit mal ce soir-là car il eut chaud de manière anormale et parce qu'il fit une série de cauchemars emboîtés les uns dans les autres sans logique mais avec violence. De cette sorte de cauchemars où il se vit enfermé dans un cube sombre sans ouverture et tapissé à l'intérieur de limaille de fer d'où pendait dans un coin une étiquette sur laquelle il put lire Supérette Shopi, de cette sorte de cauchemars où des visages familiers le regardaient en pleurant, en riant, en criant, certains visages à la bouche sombre sans dent, d'autres aux orbites creuses visitées par des mouches à merde bleues, d'autres encore, la chevelure furieuse formant autour de leurs faciès amis et muets des colonies de gros vers piqués d'hameçon au bout d'une canne à pêche invisible,  tendant, tous, au bout de leurs doigts en médium Ikéa, des tickets de caisse où dansaient des zéros et des croix, de cette sorte de cauchemars où, assis sur le bord d'une falaise, les pieds au-dessus d'un champ de salades de laitue gigantesques, il conversait avec un homme à tête de balai qui éternuait avec un bruit de machine. A ce moment-là, Lucius se demande s'il n'est pas extraordinaire qu'il y ait du bruit dans son cauchemar.


Lucius dormit mal ce soir-là car il eut chaud de manière anormale et parce qu'il fit une série de cauchemars emboîtés les uns dans les autres sans logique mais avec violence et parce qu'il digéra toute la nuit vraisemblablement le plat de dombré pied de cochon et haricots rouges relevés de piment oiseau plus redoutable qu'à l'accoutumée que lui avait amoureusement préparé sa copine Mona, artiste sculptrice minimaliste de son état,  pour le féliciter d'entamer son second CDD à la supérette en bas de son immeuble en tournant à gauche après le feu tricolore - enfin, il se stabilisait ! lui qui ne pouvait pas rester plus d'une semaine dans un job alimentaire, tracassé qu'il était de se trouver plutôt une activité salariée en lien avec ses études tracées maladroitement au Rotring 0, 05 mm sur feuille de rhodoïd A4. Lucius dormit mal ce soir-là car il eut chaud de manière anormale et parce qu'il fit une série de cauchemars emboîtés les uns dans les autres sans logique mais avec violence et qu'il digéra toute la nuit vraisemblablement le plat de dombré préparé par Mona dont la présence volubile était devenue comme une masse pesante qui occupait tout son espace vital et dont le caractère autoritaire, versatile et dirigiste lui faisait beaucoup trop penser à son père décidément. Mona lui faisait peur malgré l'attraction douloureuse de son corps vers le sien. Tout cela remplit le cœur et l'esprit de Lucius d'une certaine confusion bien avant le réveil. Les yeux à présent ouverts, allongé sur son lit de petit garçon, il considéra le plafond couvert d'un tissu sombre et le petit globe terrestre posé en haut de son armoire. Il se sentit las tout à coup. Le jeune homme décida de ne pas aller travailler ce jour-là, ni celui d'après d'ailleurs, il fallait de toute manière qu'il déménage, qu'il bouge ailleurs, qu'il fuit en somme. Les chambres d'étudiant qui vendent du confort au rabais dans une seule pièce carrée ont fini de lui donner des cauchemars épouvantables de claustrophobie.


Ce texte a été écrit en utilisant un des exercices/ situations de création proposé dans l'atelier Histoire et Théories des Arts du Master Lettres et Création littéraire contemporaine proposé par Maxence Alcalde, enseignant-chercheur aux multiples activités dont professeur de philosophie et de culture générale.  De quoi s'agit-il  ? C'est très simple : postez-vous simplement devant une œuvre contemporaine pendant 45 minutes, une œuvre que vous n'aurez pas choisie, qui vous est inconnue, vous regarderez le cartel qui la décrit plus tard. 

Crayon et calepin ou dictaphone à la main, notez ou dites tout ce qui vous vient à l'esprit. Au bout des 45 minutes après avoir soufflé - et souri aux visiteurs qui ne comprennent pas ce que vous fichez devant la même œuvre depuis tout ce temps alors qu'il y a tant d'autres belles et intéressantes choses à voir - reprenez vos notes et composez tranquillement, chez vous, soit :

- un texte de fiction,
- un poème ou un texte en prose,
- un texte argumentatif,
- ou tout autre texte de création, de critique ou d'esthétique.

L'une des idées qui sous-tend cette proposition est que l'Art contemporain ne jouit pas d'une très bonne réputation et que s'il attire les curieux, il ne fascine pas autant que les œuvres antiques, classiques ou modernes exposées au Louvre ou au Musée d'Orsay, par exemple si on se limite à la France. On aurait tendance, en effet, à jeter un œil vite fait pour être libéré du "mauvais goût" ou du "n'importe quoi" contemporain. Il faut parfois s'obliger à regarder sans porter de jugements hâtifs pour saisir un message ou être touché. Car, il y a dans les œuvres contemporaines des références à l'art du "Passé" - elles ne partent pas de rien,  elles possèdent aussi une certaine esthétique à laquelle il est possible d'être sensible et elles proposent des discours - à décoder, bien sûr ! - et des mises en scène de questionnements et de problématiques actuels ou à venir. Ensuite, écrire sur une œuvre uniquement à partir du contact privilégié - en dehors de tout discours critique extérieur - que vous aurez réussi à entretenir avec elle est une piste intéressante... Votre texte quel qu'il soit explicitera vos impressions devant  l’œuvre qui vous aura choisi.

Limites/ Approfondissements :

Vous êtes décidément allergique à l'Art contemporain ? Difficile alors en effet de rester plus d'une demi-minute posté devant une installation ou une performance filmée...  dans l'espoir que quelque chose de grand arrive. 

Comment se sortir de ce guêpier ? Essayez de considérer l’œuvre qui vous fait face comme une simple illustration d'un récit ou d'une pensée personnelle. Oubliez que vous n'y connaissez rien à l'Art contemporain ou tout autre art, vous êtes forcément sensible. Ici, il ne faut pas se tromper, il s'agit simplement de questionner son rapport à l'Art contemporain, le temps de produire un texte. 

L’œuvre le Socle du Monde m'a frappée par sa présence incongrue dans l'exposition. J'ai été par ailleurs gênée par sa surface irrégulière, tortueuse, son aspect bizarre qu'on aimerait toucher mais pas vraiment. Ensuite, je me suis demandée ce qu'il y avait dedans et je suis restée sur ces trois impressions pour écrire ma petite fiction.

Et voilà, c'est tout pour l'instant !

A bientôt ! 
La plage du Havre par temps clair, frais et sec.

© ema dée

L'écriture sur Soi, pour Soi, de Soi... vers l'autre ?

"Un morceau de vie
De soi à soi 
De soi vers l'Autre
Oui, mais lequel ?
Un texte, une histoire, un récit,
Oui, mais avec quel ton ?
Et à partir de quand ?
Et dans quel but ?

Une écriture égoïste
Une écriture nombriliste
Une écriture pansement
Une écriture thérapie
Une écriture clarification
Une écriture exorcisme
Une écriture pardon
Une écriture mémoire
Une écriture pied-de-nez
Une écriture règlement de compte

Pourquoi ça intéresserait ?

Comment fait-on quand on n'a rien vécu de cataclysmique ? Quelle place pour l'autre Histoire ?

Depuis quand ce besoin de dire ? Pourquoi cette urgence à dire ? Pourquoi cet impérieux désir de dire ?
C'est que quelque chose ne va pas, c'est qu'il se passe quelque chose ou que justement, il ne se passe rien alors que ça devrait, c'est quand ça se passe d'une manière terrible...

La faille, 
L'épisode qui ne s'efface pas et qui se répète, qu'on répète et qui brouille, par moment, la perception de la vie autour de soi et en soi, c'est comme avancer avec un voile posé entre soi et les autres et entre soi et soi, l'épisode qui modèle la vie autour de soi et en soi.

L'instant où ça bascule en soi. 

Le lien rompu, trop vite alors qu'on n'était pas préparé, qu'on pensait que la vie s'écoulerait mollement sans accroc de l'enfance à la vieillesse, sans ride sur la surface limpide de l'existence. 
Un nœud à la place. 
L'événement où on n'a rien compris, l'événement qui a soulevé la peau de la vie et qui a révélé l'horreur possible des liens familiaux, la difficulté acide des communications parfois, le choc de l'épouvantable réalité.

Comme une vie de quelqu'un d'autre assise dans sa propre vie, comme une vie parasite, accrochée.

Pourquoi maintenant ?
Il faut que la double vie serve à quelque chose, il faut que la clairvoyance serve quelque chose ou se taise, il faut que le dédoublement de soi soit sous ou hors contrôle, il faut sortir du cercle.

Faire taire les voix contraires... Trouver un moyen de s'autoriser un dévoilement, sans victime supplémentaire sans amoindrissement de sa douleur sans arrangement des faits sans aplanissement des sentiments... "


C'est avec ces questions non formulées, ce "mystère de l'origine" non élucidé que je décide de suivre le workshop d'Yves Charnet sur l'Autofiction. Deux jours me paraissent de prime abord insuffisants pour pouvoir parler de soi et écrire sur/ avec soi devant et aux côtés des autres étudiants. Parce que l'espace de quelques instants, je me mets du côté de l'acte d'écrire et non de celui de parler de soi. Sur ce point, tout est clair à la veille de l'atelier, je suis prêtre à jouer, à mentir ou à travestir mon expérience pour me débarrasser de l'exercice. Je me dis surtout qu'écrire quelque chose de valable me prends du temps car j'ai besoin de me relire deux milliers de fois, un millier pour accepter le style, un autre millier pour mon autocensure.  Alors s'il faut être honnête, comment faire ?

"Écrivez sur la faille... Parlez de vous au travers d'un prisme particulier... "

Ce temps de travail s'annonce intense. Déjà, je découvre ce que va représenter pour moi l'autofiction : une réponse possible à ma difficulté à raconter ma vie de manière autobiographique, c'est-a-dire selon ce que je connais du genre, linéaire, cohérente et soignée, car je ne suis pas un personnage célèbre, ni une historienne, ni une philosophe... je ne viens rien prouver, ni révéler ni consigner en vue d'un enseignement ou d'un message, je n'apporte aucune théorie révolutionnaire... je veux juste parler d'un fait ou deux, insignifiants ou anodins pour d'autres peut-être, mais fondamentaux pour moi.
Car c'est ce que j'apprends, l'un des moteurs de l'autofiction est ce rapport à une expérience particulière ou plusieurs - qui sont souvent les échos ou les formes déguisées de la première - et qui marque la personnalité profondément, d'une manière des plus spécifiques. Cette expérience est celle de la faille, du trauma originel. Je ne crois pas qu'elle soit partagée et si elle est, je veux dire si chacun a fait l'expérience d'une faille, tout le monde n'a pas envie de travailler sur elle.
L'autofiction me séduit telle que je la découvre. J'y vois la possibilité de faire de mon expérience individuelle le terrain d'expériences et de recherches littéraires - et graphiques - plutôt que le compte-rendu scientifique de faits qui déjà ne m'appartiennent plus et auquel je cherchais à me plier depuis des années sans succès. J'ai multiplié en effet les alias et j'ai regardé la béance qui me donne des cauchemars depuis l'enfance du haut de mon échelle. Avec mécontentement. J'ai écrit des phrases circulaires...

L'autofiction semble assumer la mémoire fragmentée, les souvenirs épars... la mise en œuvre d'une fiction d'un réel individuel.

Le genre, apparu à la fin des années 1970, beaucoup étudié depuis, me semble en effet être plus riche que je l'appréhendais et beaucoup moins effrayant - attention, je n'ai pas dit moins éprouvant. Se raconter en deux jours en sachant que le résultat va être évalué peut représenter, soyons franc, une véritable pression. Pour se débrouiller, une solution possible, développer une méthode qui s'appuie sur le travail d'autres écrivains ou qui puise dans d'autres arts. On parle de soi certes, mais pas n'importe comment, s'il vous plaît ! Diverses manières de se débrouiller avec cet "exercice" : 

- partir du titre d'un livre connu ou d'un des livres qu'on aurait voulu/pu écrire ;
- partir d'une période de sa vie,  d'un souvenir "précis", d'un rêve, d'une image récurrente et étrange ;
- partir d'un objet perdu ou d'un objet réel ;
- partir d'une forme d'écriture, d'une phrase particulière, d'un mot : une insulte, un surnom, une formule toute faite, une répétition ;
- partir du familier, un lieu, une personne plus ou moins proche ;
- partir d'un document qui ne nous appartient pas mais qui nous parle cependant d'une manière sincère comme une photographie ;
- partir d'une singularité personnelle : un tatouage, une manie...

Vous aurez compris l'importance du déclencheur et du cadre de l'écriture, le catalyseur étant le temps et l'urgence à fournir un matériau littéraire intéressant non parce qu'il est terminé, mais parce qu'il propose un positionnement très personnel par rapport à l'autofiction. Chacun durant ce temps de création à la fois en soi et ouvert aux autres a proposé son positionnement : contournement, à bras-le-corps, avec distance... J'ai choisi pour ma part d'interroger ma mémoire en utilisant un abécédaire et un jeu d'associations de mots à la manière des Surréalistes. Je produis alors un ensemble de fragments littéraires qui puisent dans l'enfance et l'adolescence surtout, et qui cherche à rendre compte à travers le morcellement, de la réalité singulière d'un parcours, de mon identité.


Extrait de Travers d'(au)truie, une vie en pièces
 
Anniversaire (princier) 

Sans consulter personne,
La petite princesse
Décide d'une fête pantagruélique
Pour son neuvième anniversaire.
Il faut se hâter ranger cuire coiffer repasser apprêter les invitées vont arriver !
La princesse hurle, 
Mais le château sommeille.
Dans le désordre, dans la panique parentale,
la fête s'organise.

La cour des courtisanes est vide.

Les cadeaux, je veux tout de même,
Portes, offrez-moi donc ces présents 
Car c'est prévu.
Fi de remerciements, la princesse n'a pas le temps.
A part pour Sylvette,
La folle de la Princesse,
Venue prendre le thé
En robe de chambre et escarpins de laine,
Au bord du lit élégant couvert de feuilles de ficus.
Les poupées font les servantes.  
© ema dée