dimanche 9 juillet 2017

Ma première BD : le monstrueux dans le quotidien


Pour, d'une part, parfaire mes capacités de recherche et de réflexion dans le domaine de la création artistique et plastique, et d'autre part, poursuivre mes projets concernant le livre d'artiste et l'écriture sur la pratique artistique, je décide de suivre une première année en Master Pratiques artistiques contemporaines - Arts plastiques.  

La recherche en Arts plastiques procède d'une démarche triple : une, l'inscription de son travail dans l'Histoire de l'Art moderne ou postmoderne grâce à la détermination de courants artistiques ou d'artistes partageant des points de vue similaires ou opposés à sa création personnelle, deux, l'identification d'une ou de plusieurs questions sociales que peuvent soulever son(ses) propre(s) oeuvre(s) et ses actes de création, enfin, la conduite d'un projet créatif original, engagé, pertinent, c'est-à-dire montrant une maîtrise du langage plastique et des codes de la représentation. C'est pourquoi cette formation associe séminaires théoriques et séminaires ateliers.

Dans ce cadre, j'ai été amenée à créer une bande dessinée d'au moins cinq planches, mettant en lumière une interrogation personnelle sur le monstrueux. Du latin monstruosus, le terme signifie, par exemple :

- qui est atteint(e) de graves malformations ;
- qui est excessivement laid(e) ;
- qui est d'une intensité extraordinaire ;
- qui a atteint un degré extrême dans le mal.

"Le monstrueux se définit par son écart à une norme, au banal. Ce terme péjoratif désignant une chose contraire aux lois de la nature est assorti d'un cortège de synonymes : abominable, affreux, difforme, effrayant, atroce, incongru, odieux, terrible, etc. Pourtant la monstruosité peut simplement venir du banal. L'ordinaire, le quotidien peuvent devenir monstrueux". Sources : Dictionnaire Larousse et site CNRTL

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Chacun(e) pourra faire sa propre liste d’œuvres artistiques (Cinéma, BD, Peinture, Sculpture, Arts graphiques, clips vidéo) et supposées non artistiques (Publicité, Tourisme) mettant en scène une monstruosité externe ou interne.

Pour ma part, le fil directeur de ma création plastique produite pour l'atelier fut celui-ci : la monstruosité n'est pas forcément là où l'on croit qu'elle est ; il peut y avoir plus monstrueux encore. Comment tout ceci peut-il se mettre en place plastiquement (et graphiquement) ? Je me suis intéressée au couple perception-réception, je veux dire, à la perception du monstrueux et à sa réception, à savoir l'émotion/ la réaction qu'il peut susciter/ provoquer. Cela m'a poussée à étudier son expression du point de vue physique, émotionnel et comportemental, que cela concerne un seul individu, un groupe,  un animal..., à travers un corpus iconographique, constitué de références variées.


M le Maudit (F. Lang)

Citons pêle-mêle : du côté des longs-métrages - que j'affectionne tout particulièrement, M le Maudit (Fritz Lang, 1931), Freaks ou La monstrueuse parade (Tod Browning, 1932), La féline (Jacques Tourneur, 1942), Them ! ou Des monstres attaquent la ville (Gordon Douglas, 1954), Le villages des Damnés (Wolf Rilla, 1960), Carrie au bal du diable (Brian de Palma, 1976), Elephant Man (David Lynch, 1980), The thing (John Carpenter, 1982), Baxter (Jérôme Boivin, 1989), C'est arrivé près de chez vous (B. Poelvoorde, R. Belvaux, A. Bonzel, et al. , 1992), Le tombeau des lucioles (Isao Takahata, 1996), Princesse Mononoké (Hayao Miyazaki, 1997), L'échine du diable (Guillermo del Toro, 2002), Nobody knows (Hirokazy Kore-eda, 2004), Calvaire (Fabrice du Weiz, 2005), Paprika (Satoshi Kon, 2006), Grace (Paul Solet, 2009), Insensibles (Juan Carlos Medina, 2012),  L'attaque des Titans - le film tiré du manga éponyme de Hajime Isayama (Shinji Higuchi, 2015), The Host et Okja (Bong Joo-Oh, 2006 et 2017)... et tant d'autres !

L'ogre - Le petit Poucet (C. Perrault - G. Doré)

Et du côté de l'image fixe - évidemment : Le portement de croix (peinture de Jérôme Bosch, 1515-1516), Judith et la tête d'Holopherne (Lucas Cranach, 1530), Saturne dévorant un de ses fils (peinture de Francisco de Goya, 1819-23), Le petit Poucet (conte illustré par Gustave Doré, 1881), La vie à pleines dents (accumulation d'Arman, 1960), Max et les Maximonstres (album jeunesse de Maurice Sendak, 1963), Vanitas, robe de chair pour albinos anorexique (sculpture de Jana Sterbak, 1987), Big man (sculpture géante de Ron Muerck, 2000), Il y a un cauchemar dans mon placard (album jeunesse de Mercer Mayer, 2000), Jesus Betz (texte illustré de Fred Bernard et François Roca, 2001), Cinéma panopticum (bande dessinée de Thomas Ott, 2005), et aussi, la démarche de l'artiste plasticienne Orlan (1947-...), certaines œuvres d'Ensor, Edward Munch, Egon Schiele, de Pablo Picasso, Otto Dix, George Grosz, Germaine Krull, Germaine Richier, Hans Bellmer, Francis Bacon, Diane Arbus, Marlène Dumas, Cindy Sherman, Kiki Smith...  Dans les pratiques très contemporaines, pensons à Dave Cooper,  Céline Guichard, Ludovic Debeurme, Stéphane BlanquetChris Mars, Paul Toupet ... qui sont autant de références - selon mon propre regard  - qui abordent de manière singulière, frontalement ou indirectement, le monstrueux représenté et perçu.
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Après plusieurs essais et parce que j'ai mis cette année de formation sous le signe du questionnement de l'intimité (de mon moi, de l'atelier, de ma pratique...), je décide de me pencher sur l'intimité de la vie de famille. "C'est ici que commence le façonnement de l'esprit et de l'âme, le bon comme le mauvais, (...) et qu'ont lieu dans le plus grand secret, les petits drames traumatiques ".

"J'ai choisi de centrer mon premier récit autour de la relation entre un animal au physique bizarre et un couple qui le recueille, un jour d'avril... "

Chroniques quotidiennes # 1 El Rato
Feutre et feutre pinceau sur papier Clairefontaine blanc A3 
Mise en couleur avec Photoshop - 2017

... " Mon histoire cherche à interroger notre jugement et s'appuie sur deux éléments qui structurent l'ensemble : le corps d'El Rato et la narration à la première personne du mari, ponctuée d'introspections et d'avis personnels. Qui est monstrueux ? L'animal qui vit selon ses instincts ou ses maîtres peu responsables ?... " (cf. Ma note d'intention pour ce projet)

À partir de cette première proposition, qui articule un texte bavard et un dessin clair mais expressif, à cheval entre le dessin pour enfants et le dessin expérimental qu'on peut rencontrer dans le fanzine ou ce qu'on appelle aujourd'hui les littératures graphiques contemporaines (cf. Jean-Noël Lafargue, Université Paris VIII), d'autres développements sont possibles :  faire le récit d'une monstruosité particulière - et étudier ses conséquences sur autrui ou son impact depuis l'intérieur (voix off, introspection) ou encore, raconter un fait, fictif à valeur symbolique ou historique.

© ema dée

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